‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 66 sur 214 · SCÈNE PREMIÈRE UN AUMÔNIER, UNE INFIRMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE UN AUMÔNIER, UNE INFIRMIÈRE

L'AUMÔNIER

Ainsi la pauvre femme a mal passé la nuit?

L'INFIRMIÈRE

On n'a pas fermé l'œil tant elle a fait de bruit.

Avec sa grosse toux elle nous assassine ;

Tout le monde s'en plaint dans la salle voisine.

Enfin, elle est entrée hier à l'hôpital,

Mais pour n'y pas rester bien longtemps, c'est fatal.

On ne peut aller loin avec cette toux creuse,

Elle en a pour deux jours au plus.

L'AUMÔNIER

La malheureuse!

Comme vous en parlez !

L'INFIRMIÈRE

Eh ! monsieur l'aumônier, Vous êtes un cœur d'or; on ne peut le nier. Mais, pour ces êtres-là, je suis froide, et pour cause.

L'AUMÔNIER

Et pourquoi donc, grand Dieu?

L'INFIRMIÈRE

C'est une pas grand'chose, Voyez-vous ! Ça nous vient droit du quartier Latin Mourir à l'hôpital en robe de satin.

Et j'ai peu de pitié pour ces filles maudites.

L'AUMÔNIER

Allons ! vous êtes moins dure que vous ne dites; Et ce large fauteuil, tout prêt pour son réveil, Que vous-même avez mis devant ce bon soleil Et garni de moelleux oreillers, en témoigne.

L'INFIRMIÈRE

Mais non. Je suis ici pour soigner, et je soigne. Voilà tout.

Page 1