ACTE II, SCÈNE IV
DONNA IM A
Non! ne dis pas cola. C'est un affreux blasphème !
Je t'aimais, malgré tout, je t'aimais... et je t'aime!...
Et quand je tressaillis à tes cris enfantins,
Je ne fus qu'une mère et n'eus que des instincts,
Te nourrir, t'élever, comme une simple femme,
Hélas ! et j'oubliai presque la chose infâme.
Oui, j'ai menti, c'est vrai! mais la mère qui ment
Pour son fils n'a pas peur du divin jugement,
Et Dieu, j'en suis bien sûre, absoudra mon silence,
Après l'avoir pesé dans sa juste balance,
Et vingt ans de torture et de remords caché
Pèseront à ses yeux plus lourd que mon péché.
J'ai menti!... mais c'était ton bonheur, ce mensonge;
C'était aussi le sien, à ce vieillard, j'y songe,
Et quand je le voyais comme un iils te chérir,
Je disais : « Tout est bien, je suis seule à souffrir. *
Cet odieux secret, il faisait mon martyre ;
Mais, pour toi, mon enfant, plutôt que de le dire,
Sous le fer des bourreaux, sur les brasiers ardents,
Je me serais coupé la langue avec les dents.
Pouvais-je donc prévoir cette chose effroyable,
Que cet homme ait vécu vingt ans? Est-ce croyable,
Lui dont tout un pays rêve regorgement?
Hélas! il n'a vécu que pour mon châtiment...
Tu tournes ton regard vers le mien, tu tressailles!
Prends-moi donc en pitié, cher fils de mes entrailles,
Car je t'épargne un crime effrayant. A quel prix!
J'ai changé ton amour filial en mépris,
Je te voue au malheur... Eh bien, je m'y décide,
Mais tu ne seras pas, du moins, un parricide!
Ah! nous mourrons bientôt... Ce monde est trop cruel
Mais nous pourrons du moins nous retrouver au ciel..,
Ah ! je me sens mourir. . . je suis anéantie. . .
Mon fils ! mon pauvre enfant ! . . .
Elle tombe à genoux et défaille en baisant la main de Severo. S E V E R 0.
J'ai juré sur l'hostie!