ACTE II, SCÈNE II. ±H
LE MARQUIS
Mon Prince, quelle grâce!
LE PRINCE
Ah! c'est si bon de vivre!...
C'est si bon d'être un chef acclamé dans les camps! C'est si bon de mirer ses yeux de vingt-cinq ans, Où brille une à me neuve et que nul n'a trompée, Dans des regards amis et dans sa jeune épée ! .. . Etre roi ! Triste rêve ! Est-ce que j'y songeais? Un roi, vague fantôme aux yeux de ses sujets, Errant dans des palais pleins de spectres sinistres ; Misérable instrumentaux mains de ses ministres; Whig pendant tout un jour, le lendemain tory ; Jouet d'une maîtresse ou bien d'un favori ; Sceptre en main, mais sachant que c'est une chimère ; Couronné, mais bien moins puissant que le Lord-maire, Statue en bois doré de la nef de l'État ! . . . Ce n'est rien!... Moi, je veux être un libre soldat, Aimé comme un héros et non craint comme un maître ; Saluant d'un baiser la dame à sa fenêtre, Et prodigue, et jetant parfois, en souriant, La rançon d'une ville aux mains d'un mendiant; Un juste et généreux soldat, fou de la gloire, Mais qui met le bon droit toujours dans sa victoire,
Et fait pousser les blés plus épais et plus beaux Partout où son cheval a posé ses sabots ! . . . Rêve de ma jeunesse ! Être ce météore î Entendre quelque temps, du couchant à l'aurore, Mon nom glorifié dans un chant sans pareil, Puis, un jour de bataille, un jour de grand soleil, Répandant mon sang chaud sur la terre féconde, Mourir jeune et laisser un vide dans le monde, De même que le ciel semble rapetissé, Et plus triste et plus bas, quand un aigle a passé!