‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 193 sur 251 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

MARIE, seule.

Oui. je hais cette femme !

Comme il la regardait, dans les yeux, tendrement, El comme il l'aime encor, dans un pareil moment!. ( i mon Dieu, que je souffre, et combien je suis lasse '

Elle s'assied près du feu du bivouac presque éteint.

Naguère, par les soirs de brouillard ou de glace, Quand, démon cher aïeul partageant le manteau, Je traversais la plaine ou montais le coteau, Parfois, en grelottant, je rêvais, pauvre tille !

III K \TltK. — III. 2(1

30G les jacob m; S.

Que, comme une autre, un jour, j'aurais une famille. Un brave et bon mari, laboureur ou berger, Un foyer, près duquel, trop vieux pour voyager, L'aveugle chercherait de ses mains amicales Plusieurs petits enfants aux têtes inégales... J'ai rêvé tout cela... Puis ce Prince est venu ; Mon front sur sa poitrine un instant fut tenu ; Son habit brodé d'or a meurtri mon visage ; Et parce qu'il a mis, par hasard, au passage, Sur ce front un baiser qui n'était pas pour moi, Parce que j'ai senti battre le cœur d'un roi, Toute à ce souvenir qui me poursuit sans trêve, Maintenant c'est fini, plus jamais je ne rêve D'une chaumière au fond du pays montagnard, D'un époux et d'enfants bénis par le vieillard...

Elle se lève.

L'aimé-je? Suis-je folle à ce point? Eh ! qu'importe'.' Si, tout en devenant pâle comme une morte, Je sens s'épanouir mon cœur, rien qu'à le voir ; S'il m'est cher, ce tourment de l'amour sans espoir ; Si, par un de ces mots dont les rois sont prodigues, Il sait me reposer de toutes mes fatigues ; Si c'est un infini bonheur que je lui dois Quand il daigne effleurer ma joue avec deux doigts ; Si, rien qu'à prononcer son cher nom, je frissonne ;

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