ACTE II, SCÈNE I
voulu que m' apprendre à mépriser les hommes et leurs œuvres, rassurez-vous, monsieur le duc, vous n'avez perdu ni votre argent ni vos peines. Vous disiez vrai. L'exercice du pouvoir rend sceptique, et je sais maintenant qu'à vouloir le bien de tous, on ne gagne que la haine des uns et l'ingratitude des autres. Mais qu'importe! en quoi l'injustice des laits peut-elle troubler une conscience droite et pure?
A votre aise, Calon, et agréez mes vœux pour votre succès, qui n'est pas impossible, en somme, surtout avec les conseils de votre belle Ëeérie, la comtesse Zéno...
K A R L, vivement.
Mon cher duc, voilà deux ibis que vous prononcez ce nom, et je ne veux pas laisser dire...
LE DUC
Vous faites le mystérieux avec moi? Allons donc ! Recevez de meilleure grâce mes sincères félicitations. La comtesse est très charmante et je vois avec plaisir que, grâce à elle, vous devenez presque mon parent.
KARL
Comment cela?
LE DUC
Ma famille est alliée à celle du comte, son défunt mari. Ce pauvre Zénoî 11 caressait comme vous des rêveries libéràtres, et il fut même très compromis dans la conspiration aristocratique ourdie contre le feu roi, qui, je dois en convenir, ressembla autant à un vrai tyran que cela est possible par ce temps de gouvernement bourgeois. L'affaire fut découverte, naturellement; il y eut quatre ou cinq têtes tranchées et une centaine de nobles familles bannies. Je ne sais même pas comment Zéno put s'en tirer.
KARL
Oui, je connais cette sinistre affaire.
Mais à propos de la comtesse, je vais encore sortir de nos conventions en vous mettant en garde contre un nouveau péril. On fait circuler au sujet de votre liaison un bruit assez fâcheux.
KARL
Et lequel?
LE DUC
Oui, on vous accuse... Je n'y ai pas ajouté foi une