ACTE II, SCÈNE VI
LE DUC
Croyez, mademoiselle, que je vous écoute avec toute la sympathie que vous avez raison de lui supposer, (a part.) Positivement, je connais ce visage.
META
Eh bien, monsieur, voici le fait... Il y a un an, dans la maison que j'habite, j'avais pour voisin,, pour ami, — le seul ami que j'aie jamais eu, — un jeune homme que la misère a force de s'expatrier. Depuis lors, il m'a laissée sans nouvelles. Quand il est parti, j'étais aussi pauvre que lui et je ne pouvais rien faire pour le retenir. Mais aujourd'hui mon sort est devenu meilleur. J'ai recueilli un petit héritage, — oh! juste de quoi vivre! et quand je songe que je suis à l'abri du besoin et que, pendant ce temps-là, ilestjenesaisoù, seul, etqu'il manque de tout peut-être, cela me fait un affreux chagrin, et alors, naturellement, je rêve au moyen de le retrouver.
LE DEC
Je prends part certainement à votre inquiétude, mademoiselle, mais comment. M. de Werner pourrait-il?...
META
Oh ! je n'en sais rien, monsieur, et je vous disais
bien que ma démarche n'était pas très raisonnable. Mais enfin, j'avais pensé qu'un ministre avait peutêtre les moyens de savoir où résidaient nos compatriotes à l'étranger...
En effet. Veuillez me donner des détails précis sur ce jeune homme, et nous ferons le possible. — Il s'appelait?...
META
Voyez comme ce que je demande est difficile. Vous voulez connaître son nom et je ne l'ai jamais su moi-même! Je crois que dans la position infime où il se trouvait, il le cachait par fierté; car il ne se faisait appeler que par son nom de baptême, celui de Karl.
LE DUC, à part.
Karl! Mais alors, cette jeune fille est celledontil m'a parlé. (Haut et vivement.) Un autre renseignement, je vous prie. Où l'avez-vous quitté, la dernière fois que vous l'avez vu?
META
Hélas! cela ne servira guère à vous mettre sur la voie. Nous nous sommes fait nos adieux sur la