ACTE II, SCÈNE VI
rapide, je crains que depuis il n'ait pas su profiter de cette chance favorable.
META
Vraiment ! pauvre Karl . . .
LE DUC
Et s'il ne l'a encore que compromise, j'ai bien peur, je dois vous l'avouer, qu'il ne soit en passe de la perdre tout à fait.
META
Oh! mais, puisque vous l'avez connu, monsieur, vous devez l'aimer... Il est si bon, vous avez été son protecteur. Eh bien, ne pouvez-vous pas le sauver? Ne pouvez-vous pas. . .
LE DUC
Je le regrette, mademoiselle, mais maintenant le sort de Karl ne dépend plus de moi.
META
Mais c'est affreux, ce que vous m'apprenez là! En un instant, savoir qu'il était heureux, et puis qu'il va tout perdre. Du moins, si sa chute est certaine, qu'il n'ignore pas plus longtemps qu'il lui reste un asile et une amie... Oh! mon Dieu, c'est
vrai, pourtant. Je suis presque plus contente de le retrouver au moment où il va retomber dans la peine. Comme cela, je pourrai lui être utile et le consoler. N'est-ce pas, monsieur? vous allez lui écrire bien vite, je vous en prie! vous lui direz qu'il n'est pas oublié ; ou bien, non ! j'irai le retrouver, c'est plus simple. Oh ! c'est que tout l'attend à la maison. J'ai toujours eu l'idée qu'il reviendrait. Après son départ, on allait tout vendre... Quelques dettes, vous comprenez ; mais je n'ai pas voulu. . . Et puis, cette aisance est arrivée. Alors, j'ai loué sa chambre, qui est à côté de la mienne. Il la retrouvera comme il l'a laissée; ses livres sont sur les rayons, son fauteuil devant la table où il écrivait. C'est là que je travaille, en pensant à lui. 11 y a un lierre qu'il avait planté, et qui maintenant entoure toute la fenêtre... Oh! mais, je vous demande bien pardon, monsieur, je vous dis là des choses qui vous sont indifférentes. Mais c'est que je... c'est que M. Karl a été si bon pour moi !
LE DUC, à part.
Qu'a donc fait cet homme pour qu'on l'aime ainsi? (Haut.) Mademoiselle, je ne puis vous dire, à l'heure qu'il est, où se trouve l'ami auquel vous