SCÈNE V
META, seule.
Elle regarde par la fenêtre Karl qui s'éloigne, puis s'assied dans le fauteuil, près du rouet.
Il n'est pas heureux. Non ! . . . Autrefois j'ai vu une mère présenter un jouet à son enfant moribond ;
le pauvre petit eut un rayon de joie dans les yeux et son visage s'éclaira d'abord d'un sourire. Mais presque aussitôt sa main abandonna le joujou qui l'avait un instant amusé et il laissa retomber sa tête pâle sur l'oreiller. Eh bien, lorsque Karl me parle d'amour, je ne puis m'empêcher de songer à cet enfant malade, car je reconnais alors dans le regard de mon fiancé ce même sourire fatigué et ce même éclair de bonheur fugitif... M'aime-t-il seulement?.. Qui sait? Il est capable de me donner sa vie par reconnaissance. Il est si bon!... Comme je suis inquiète et oppressée aujourd'hui... Cette belle matinée ne me réchauffe pas le cœur. Hélas! qui m'eût dit, naguère, quand je n'aimais pas, qu'il viendrait un temps où je serais toujours triste, même les jours de soleil.
Le duc entre, introduisant la comtesse.