ACTE I, SCÈNE VI
Sa griffe de lion, sur sa vivante proie !
Alors, — ô quelle ivresse! ô joie ! ô pleurs de joie,
Qu'au grand soleil revu verse le prisonnier ! —
Je donne le signal, je frappe le premier,
Et, pareil aux tribuns des vieilles républiques,
On me verra courir sur les places publiques
Agitant pour drapeau cette main que voilà,
Rouge jusqu'au poignet du sang de.Spinola !
ERCOLE
Eh bien donc, écoutez. . . Le moment où la cloche Du Dôme sonnera cette heure, il est tout proche...
SEVERO
Quoi?
ERCOLE
Nous avons un chef! ... Eh bien, je vous apprends Qu'un imminent péril menace nos tyrans.
Oui, mes braves amis, je vous apprends encore Qu'appelé par le pape et Ludovic le More, Le roi Charles, le roi de France, est sur le point D'arriver, la bannière au vent, l'épée au poing. Il va vers Naples, mais sa première furie Tombera sur Florence et sur la Seigneurie. Or, ce roi paladin nous tient pour ses amis; Il nous accordera son aide; il l'a promis.
Il vient, vous dis-je, il vient, et c'est Dieu qui l'envoie !
Son armée a franchi les Alpes de Savoie;
Pierre de Médicis en est épouvanté;
Et, déjà, nous sentons un vent de liberté,
Oui, des coteaux toscans courbant au loin les seigles,
Nous arrive du Nord par le chemin des aigles!
SEVERO
Le roi de France arrive ?
LIPPO
Est-ce certain?
ERCOLE
Certain.
LIPPO
Alors, il faut agir contre le Florentin;
Il faut que les Pisans, d'un cri de délivrance
Répondent sans retard aux trompettes de France.
RENZO, à Severo.5]
Tu seras notre chef clans ce danger commun !
SEVERO
Pour mourir le premier, soit...
LIPPO
Silence... Quelqu'un...
C'est Portia.