ACTE 1, SCÈNE I
LA COMTESSE
J'ai là, de Sévigné, deux lettres curieuses...
LE MARÉCHAL
Comtesse, occupons-nous de choses sérieuses : Le Roi va-t-il créer quelque duc à brevet?
LE CHEVALIER
Mais on dit que Goislin...
LE MARÉCHAL
Celui qui se trouvait Devant Dôle? Il aurait un titre légitime.
LA COMTESSE
La Marquise a monsieur de Nogent en estime, Et son Royal-Picard travaille à l'aqueduc .
LE MARÉCHAL
Mais... quel rapport?...
LE DUC
Monsieur de Nogent sera duc.
LE MARÉCHAL, à part, réprimant un geste de colère.
Après ce qu'on m'a dit, du diable ! si je bouge.
Haut.
Et n'a-t-on pas donné de nouveau cordon rouge?
LE CHEVALIER
Non, mais à Nantouillet il pourrait bien échoir : Hier, au coucher, le Roi lui donna le bougeoir.
LA COMTESSE
A monsieur d'Heudicourt toute chance est acquise : Il portait l'éventail, hier, de la Marquise.
LE MARÉCHAL
Mais, morbleu! Nantouillet passa le Rhin.
LE DUC
Pardon!
C'est monsieur d'Heudicourtqui sera grand cordon.
LE MARÉCHAL, bas, au duc.
Quoi! la veuve, après tout, d'un poète burlesque, La femme de Scarron, n'est pas la reine !
LE DUC, de même.
Presque !
De mes conseils, demain, vous me direz merci.
LE CHEVALIER, regardant dans une des allées.
Ah! monsieur de Louvois s'avance par ici.
LE MARÉCHAL, empressé.
Je veux le saluer.
Louvois entre, les yeux baissés et méditant; il est suivi de Grisard, en costume de voyage et botté.