‹ ThéâtreChapitre 162 sur 191 · ACTE III, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VII

Lui qui m'a fait trouver quelque tendresse encore Dans ce cœur que la froide ambition dévore ! Non! je réparerai le mal dès aujourd'hui, Et je veux sur-le-champ prier le Roi...

Elle aperçoit Louis XIV, qui vient d'entrer, suivi de Louvois.

C'est lui!

LE ROI

Oui, Madame, je viens présenter mon excuse. Oui, ma colère était trop vive, et je m'accuse D'avoir pu, sur de faux rapports, un seul moment, Concevoir un soupçon sur votre dévouement. Mais il a fait entendre un si noble langage, Cette conversion nous en est un tel gage, Que nous ne voulons pas plus longtemps ajourner Le grand acte qui doit nous faire pardonner.

MADAME DE M AIN TE. NON, à part.

Je n'ose pas comprendre!... Oh Dieu ! que va-t-il faire?

LE ROI

Mon cœur, vous le savez, depuis longtemps diffère De prendre ce parti, par plusieurs combattu- Mais tant d'affection, de charme, de vertu, L'ont enfin emporté dans ce cœur qui vous aime. Je ne puis vous placer, hélas! au rang suprême , Car le peuple nous juge avec trop de ligueur

Pour pardonner aux Rois les faiblesses du cœur ; Il admire Titus renvoyant Bérénice.

Mais que la sainte Église en secret nous unisse, Et que vous ne soyez l'épouse que pour moi, Mon peuple ne peut pas l'interdire à son Roi. Et même j'attends bien, en vous voyant si grande, Que pour sa Reine, un jour, la France vous demande. — Madame, voulez-vous m'accorder votre main ?

MADAME DE MAINTENON, à part.

Sa femme, aujourd'hui même... et la Reine, demain.

Haut, et voulant s'agenouiller.

Ah ! Sire, à vos genoux, je veux, du fond de l'âme, Vous exprimer...

LE ROI, l'arrêtant.

Ma place est aux vôtres, Madame, Puisque de consentir vous me faites l'honneur !

Oh ! prenez garde. . . On peut mourir d'un tel bonheur.

LE ROI

Il faudra le cacher, pourtant, avec prudence, Hélas ! — Si j'ai voulu qu'en cette confidence Mon ministre, Monsieur de Louvois, fût admis,

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