‹ ThéâtreChapitre 174 sur 191 · ACTE IV, SCÈNE 1. -J · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE 1. -J

Vainement. On a pris l'empreinte, j'en suis sûre, Et fait la double clef pour ouvrir la serrure; Car, lorsque j'ai serré le psautier, l'autre jour, J'ai pourtant bien fermé le coffre à triple tour Et j'ai gardé la clef... Ah! c'est inexplicable !

Disparu ! disparu ! Tiens, Nanon, tout m'accable ! Car je sens bien le but de ce vol, et je croi Que ce livre fatal est dans les mains du Roi.

NANON

Impossible ! Le Roi, cette nuit, vous épouse.

Non! j'ai vu sur son front comme une ombre jalouse;

Il ne m'a pas parlé, ce matin ! comprends-tu?

Et ce Louvois, qu'hier je croyais abattu,

A fait peser sur moi son regard noir de haine.

Rien n'est fini : je sens une crise prochaine.

— Tantale, vois ces fruits que tu ne peux toucher!

Sisyphe, roule encore une fois ton rocher !

Et, pour clore un destin qu'on envie et qu'on prône,

Toi, tombe de fatigue et meurs aux pieds d'un trône!

NANON

Et vous parlez ainsi, Madame, quand ce soir,

Dans un instant, ici, le Roi viendra s'asseoir; Quand, de son habitude esclave très fidèle, Sa Majesté voudra vous avoir auprès d'elle, Et ne suivra l'avis de ses vieux conseillers Qu'autant qu'il vous convienne et que vous le vouliez ; Quand, d'un mot, vous pouvez bouleverser l'Europe !

Non ! non ! te dis-je, un vent de malheur m'enveloppe.

Et ce qui m'est encore un présage cruel,

C'est le funèbre adieu que m'a fait Samuel.

Cet enfant qui parlait de mourir... c'est horrible !

NANON

Eh! Madame, écartez ce souvenir pénible.

Mourir ! C'est, vous savez, le grand mot des amants :

Le monde finirait s'ils tenaient leurs serments.

Ah ! ne ris pas !... Mon Dieu ! que je suis inquiète !

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