‹ ThéâtreChapitre 31 sur 191 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

MAITRE FERRARI

Filippo?

GIANHINA.

S'il obtenait le prix?

MAITRE FERRARI

Mais je n'en serais pas extrêmement surpris. Et si du Podestat il m'apportait la chaîne, Vous vous épouseriez la semaine prochaine.

GIANHINA.

Epouser Filippo!

MAITRE FERRARI

Pourquoi pas?

GÏANNINA.

Un bossu !

MAITRE FERRARI

J'ai les yeux assez bons pour m'en être aperçu; Mais, le fîit-il deux fois, que cela ne me trouble, — Il m'apparaîtsouvent ainsi, quand j'y vois double,

Il serait ton mari.

GIANHINA.

Sainte Vierge !

MAITRE FERRARI

D'ailleurs,

Filippo n'est-il pas un garçon des meilleurs,

Bon, serviable, honnête?... Il a l'air un peu triste,.

Il est bossu, c'est vrai; mais c'est un grand artiste.

Il est musicien comme Palestrina.

Dans le petit concert qu'un jour il nous donna,

— Et je suis cependant un critique sévère, —

Comme je l'écoutais, en regardant mon verre

Plein de vieux vin d'Asti, — tusais,leboncachet! —

Il fit si bien gémir les cordes sous l'archet

Et mit dans son jeu tant de douleur et de charmes,

Que je me suis senti venir deux grosses larmes.

Ah! je les ai voulu retenir, mais en vain,

Et j'ai, pour une fois, mis de l'eau dans mon vin.

GIANNINA.

J'estime Filippo tout comme vous, mon père, Je le plains, et j'ai fait de mon mieux, je l'espère, Pour lui faire oublier, à force de bonté, Son chagrin, sa misère et sa difformité Qu'avec tant de douceur le pauvre être supporte, Depuis le jour d'hiver où, devant notre porte, En mendiant son pain, Filippo s'arrêta... Mais pourrais-jc l'aimer? Voyons!

MAITRE FERRARI

Ta, ra, ta, ta.

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