SCÈNE III
SANDRO
Tu saignes!
GIANNINA.
De l'eau!... vite!
Elle va chercher sur une crédence un vase et une aiguière. SANDRO.
Dis-nous comment ceci t'advint.
FILIPP0.
Ah! parbleu, c'est bien simple. Ils étaient quinze ou vingt,
Gâte-sauce, écoliers, un tas de rien qui vaille,
A lapider un chien au pied d'une muraille,
Un pauvre chien, aux yeux éteints, aux poils pendants,
Ayant la force au plus de leur montrer les dents,
Infirme et se traînant sur sa patte brisée.
En voyant cette bête ainsi martyrisée,
J'eus le cœur soulevé d'un douloureux émoi:
Je croyais voir souffrir un humble comme moi.
Bravement je m'élance au sein du populaire;
En demandant pitié, j'excite la colère;
Ah! l'on ne songe plus à la bête, à présent.
Lapider un bossu, c'est bien plus amusant!
Je me mets à courir, les traînant à ma suite,
J'enfile une ruelle, une autre; et, sans ma fuite,
On m'eût assassine, cela n'est pas douteux...
Mais j'ai sauvé la vie au pauvre chien boiteux!
Il tombe épuisé sur un fauteuil.
GIANNINA, posant son mouchoir trempé d'eau sur le front de Filippo.
Ces vagabonds! Vit-on jamais tant de malice? Pauvre garçon!
FILI[PPO, à part.
Sa main sur mon front! ô délice !
■GIANNINA.
Êtes-vous mieux?
FILIPPO, se levant, et d'une voix très émue.
Merci, je n'ai plus mal.
SANDRO, à part.
Vraiment, C'est trop d'émotion pour un remerciement! Je ne me trompe pas. Il l'aime!