‹ ThéâtreChapitre 44 sur 191 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

Du maître et le serment qu'il avait prononcé, Pardon, signorina! mais je n'ai plus osé.

GIANNINA.

Oui ! mais laissons cela. Mon vieux père qui m'aime Ne voudra pas ainsi disposer de moi-même Ni charger le hasard du soin de mon bonheur. Quant à la chaîne d'or, quant au brevet d'honneur, C'est différent, chacun a le droit d'y prétendre, Et vous surtout, d'après ce que je viens d'apprendre.

FILIPPO

Comment?

GIANNINA.

Mais vous avez construit un instrument Qui, dit-on, doit avoir le prix, certainement. Un chef-d'œuvre...

FILIPPO

J'ai fait de mon mieux, je l'avoue; Mais que dans le concours je triomphe ou j'échoue, Qui donc, signorina, s'en préoccuperait?

GIANNINA.

Qui?... Mais bien des amis vous portent intérêt, Vous l'ont même prouvé.

FILIPPO

Pardon! je suis stupide.

On parait méfiant quand on n'est que timide, Et de tous mes secrets je vous dois la moitié. Quand j'avais du chagrin, vous avez eu pitié; Vous vous réjouirez d'un bonheur, s'il m' arrive. Mais je suis devenu comme la sensitive, Et quand on vient vers moi, d'un geste machinal Je recule et je crois qu'on veut me faire mal. Pardonnez!

GIANNINA.

S'il en est ainsi, je me retire.

FILIPPO

Non ! par grâce, restez ! Non ! je veux tout vous dire, Car j'étais un ingrat et je vous offensais : Sachez-le donc, je suis presque sûr du succès. Je juge mon travail sans aucune indulgence, Est-ce talent ou bien seulement bonne chance? Je l'ignore, mais j'ai tout à fait réussi.

Montrant son violon.

Lorsque j'ai commencé mon œuvre que voici, J'ai bien construit, avec tout le soin désirable, La boite en vieux sapin et le manche en érable, Bref, j'ai fait de mon mieux... niais cela n'était rien; Les autres violons peuvent être aussi bien... Non, voyez-vous ! mon coup de maître, ma merveille,

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