‹ ThéâtreChapitre 154 sur 219 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

MARIE

Quand Marie pas sage, celui-là fait péché qui a été mangé!

PAUL

Qu'est-ce que tu veux dire?

MARIE, indiquant du geste des perspectives lointaines.

Là-bas Marie a mangé païens, ennemis de Dieu.,. Celuilà fait péché.

PAUL

J'y suis!... Manger du lion rend courageux, manger du païen rend impie.

MARIE

Oui, oui. Viande de païen mauvaise pour l'âme.

PAUL Ainsi tu en as mangé beaucoup, de cette viande-là?

MARIE

Oh beaucoup!... Hommes se battre, et le soir faire cuire tous ceux-là qui tués.

PAUL

N'y pense plus! Le baptême a chassé de ton âme toutes les vilaines gens que tu y faisais entrer en dînant. Rien ne t'empêche d'être sage. Allons, Marie, je vois que tu es parfaitement heureuse dans cette sainte maison.

MARIE, avec une grande mélancolie.

Marie pas heureuse.

PAUL, d'un ton d'amicale gronderie.

Qu'est-ce que j'entends?...

MARIE, plaintivement.

Non, pas heureuse!...

PAUL

Tu l'étais davantage là-bas, dans les montagnes ? (Elle fait signe que oui.) Pourtant tu avais froid, tu ne mangeais pas toujours à ta faim... Qu'est-ce que tu regrettes?... (Immobile, elle regarde fixement le vide.) Quels yeux!... Te voilà toute changée!... As-tu mal? (Il lui passe affectueusement la main sur le front.) Mais oui, elle a le front brûlant!... Donnemoi tes mains !... (11 les presse et les réchauffe longuement dans les siennes.) Elles sont glacées! (Marie, les yeux remplis de sombre angoisse, la poitrine gonflée, les coudes en arrière, approche sa figure tout contre celle de Paul, sans d'ailleurs chercher à l'embrasser. Avec douceur Paul tâche de la maintenir à distance.) Es-tu folle ?... (Elle revient avec un acharnement silencieux appliquer sa personne contre celle de Paul qui la repousse avec violence.) Marie!... C'est très mal!... Mère Amélie le saura!... Tout le couvent!... Quelle honte!... (S'exaspérant.) Sur le navire je t'ai fait donner des coups de corde ; on te triquera encore s'il le faut! (Marie, luttant avec Paul, a reculé jusque devant la chapelle; là, pendant un instant où le combat se poursuit en silence, retentissent trois coups également espacés, frappés de l'extérieur sur la porte de la chapelle. Marie s'arrête comme foudroyée, se retourne, regarde cette porte et tombe prosternée le front sur le parquet. Paul à lui-même.) Sœur Monique !... (Un silence. Paul écoute ce qui se passe dans la chapelle.) Elle doit être partie! (Il ouvre toute grande la porte de la chapelle.) Regarde, Marie, il n'y avait personne que Dieu qui te voyait!... Va lui

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