LE COMTE
DE
LIEVTENANT GENERAL des Armées du Roy, Mestre de Camp General de la Caualerie Françoise et estrangere, etc.
ONSEIGNEVR,
Alors que ie me suis proposé de mettre soubs vostre protection cette dernière Tragédie de feu Monsieur Tristan,
ie n'ay fait après sa Mort, que ce qu'il auoit dessein de faire pendant sa vie. Ma bonne fortune, qui me fit autrefois auoir quelque part dans sa confidence, me rendit le témoin de son estime pour vostre Mérite et de son inclination pour vostre Personne : le sçay qu'il a tousiours fait comme son interest propre de vostre gloire; et qu'il a sans cesse contribué ses louanges à vostre réputation; et ses souhaits à vostre prospérité. Si cet Homme inimitable ri'auoit pas encore cessé de viure, il ne manqueroit point icy de vous asseurer auec vn stile doux et pompeux, que si vous souffrez que vostre Nom deffende cet Ouurage, il n'aura point à craindre dans le Monde les Monstres que ses pareils ont accoustumé d'y rencontrer. Il vous diroit que TEnuie n'osera l'attaquer, le voyant sous la protection des Vertus et des Grâces qui vous accompagnent, et qu'elle est auiourd'huy trop bien persuadée de la gran-
deur de vos qualitez éclattantes, pour ne pas respecter les choses que vous auoûez : Il exprimeroit auantageusement tous les trais admirables de vostre Cœur et de vostre Esprit. Il parleroit auec éclat de cette noble audace, qui s'est tousiours si glorieusement conseruée dans les Héros de vostre Maison fameuse, et qui vous fait auancer si ardemment par tout où rhonneur vous appelle. Enfin, MONSEI- GNEVR, il publieroit à toute l'Europe vne vérité qui est cognuë de toute la France; C'est qu'il y a peu de Seigneurs en ce Royaume qui soient accomplis comme vous estes, et qui puissent vn iour auec plus de valeur et de succez que vous, seruir aux grandes Conquestes que les Oracles promettent à nostre leune et Incomparable Monarque. Quant à moy, quelques instructions fauorables que i'aye eu l'honneur de rcceuoir de cet Escriuain renommé, de qui le pleure encore la perte, ic ne suis pas
assez éclairé pour traitler à fonds vne matière si délicatte que celle de vostre Panégyrique. Il n'estoit permis qu'au plus sçauant pinceau des Siècles passez de tirer le visage d'Alexandre, et c'estoit sans doute à la plus excellente Plume du nostre, à représenter vos auantages. le suis forcé de vous auoûer qu'il est presque impossible de bien figurer la splendeur des clartez qui nous éblouissent comme les vostres; et ie sens bien que cet illustre Mort, dont la Mémoire est immortelle, ne m'a pas laissé tout Tart dont il sçauoit vous honorer, bien qu'il m'en ait laissé tout le zèle. C'est ce qui me fait haster de me dire auec mes profonds respects.