‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 9 sur 98 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

OSMAN, La SVLTANE Sœur, FATIME, LEONTINE.

OSMAN

Ma Sœur respand tousiours des larmes.

Son Ame incessament prend de faulses alarmes, La nuit, elle s'applique à songer mon trespas , Le iour, elle ressent les maux que ie n'ay pas : De grâce , à ma faueur, quitte cette humeur noire , Et te tiens asseurée à l'ombre de ma gloire, le sçay fort bien Tennuv dont ton cœur est touché, Que ta discrétion m'a finement caché, le sçay bien qu'vn Hermite, enclos dans sa celule, Vient de donner du trouble à ton esprit crédule, Qu'il te fait redouter vn songe deceuant, Dont la solidité n'est rien qu'ombre et que vent. Crois-tu donc Mustapha! ce Deruis frénétique? Est-ce vne bouche à rendre vne voix prophétique?

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ï4 OSMAN,

La svLTANE Sœur.

Seigneur, ce vieux Hermite est du sang Othoman. Acmat estoit son frère, il est oncle d'Osman; On a veu dans ses mains les resnes de TEmpire, Et maintenant au Ciel son cœur deuot aspire; II prie, il souffre, il ieûne, et de hautes clartez Le consolent par fv)is dans ses austeritez.

OSMAN

Mais enfin ces claricz pour les choses futures, Passant par son esprit, deuiennent fort obscures.

La SVLTANE Sœur.

Mais, Seigneur, ce qu'il dit n'a rien qui soit suspect, Et toute sa folie est digne de respect; Car les sacrez transports donnez à ses mérites Des Anges immortels nous marquent les visites.

OSMAN

Et sur quels fondements l'explique-t'on ainsi? Sçachons en la raison.

La SVLTANE.

La raison? La voicy.

Lors que de tous péchez vne Ame s'est purgée, De dons surnaturels elle est auantagée.

Et s'eleuant au Ciel, elle manque aux accords

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Dont elle doit régler les mouuemens du Corps : De là viennent, Seigneur, ces gestes qui font rire, Que l'ignorant mesprise et que le Sage admire^ Et nous deuons tousiours reuerer les propos De ceux de qui l'esprit n'est iamais en repos. En leurs dérèglements la grâce est manifeste; Puis qu'ils sont agitez d'vne cause Céleste.

OSMAN

Mais les autres Estats^ quand ils sont menacez, Demandent-ils ainsi conseil auxinsensez, Et voit-on quelque part que les grands Politiques Concertent leur conduite auec des frénétiques?

La SVLTANE.

Cet Estât eleué sur les plus grands Estats Subsiste par des Loix que les autres n'ont pas^ Et sa propre grandeur fait voir la différence De nostre Politique et de nostre créance.

Mais sur le songe enfin qu'a dit Cet obsédé?

La SVLTANE.

Qu'Osman dans peu de iours se verra dégradé, Qu'vn, qu'on estime abiect, s'en va tenir sa place « Ayant précipité sa dernière disgrâce.

C'est le iuste sujet des plaintes que ie fais.

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26 OSMAN

OSMAN

Ma sœur, pour m'obliger ne m'en parle îamais.

Si i'entrois en colère, il me prcndroit enuie

De voir s'il a preueu le terme de sa vie,

Si de quelque fer chaud il peut estre aueuglc,

Si d'vne corde d'arc il doit estre estranglé :

S'il ne craint point la flame, ou n'a point peur encore

De trouuer en beuuant trop d'eau dans le Bosphore.

La SVLTANE.

Ha! c'est à quoy, Seigneur! il ne faut pas penser.

OSMAN

Par ces traits d'imprudence il m'y pourroit forcer.

La SVLTANE,

Parmy vos sentiments la Pieté le garde.

OSMAN

Qu'il ne parle donc plus de rien qui me regarde. le luy ferois, possible, vn fort mauuais party.

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