SON ALTESSE ROYALE
ADAME,
Fimite les Sacrifices des Anciens en la qualité de cette offrande. Ils presentoient à quelques-vnes de leurs Diuinitez les choses
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qui leur estoient les plus contraires. Aussi présentant cette Tragicomedie à Vostre altesse ROYALE, l'offre vne espèce de folie à vne Princesse qui peut passer pour la viuante Image de la SAGESSE. C'est vne vérité, MADAME, si généralement recognuë qu'elle ne reçoit point de controuerse : il n'y a personne qui ne sçache que l'illustre sang de Godefroy est passé iusques à Vostre altesse sans aucune altération, et que vous en retenez aussi bien la pieté que vous en conseruez les Armes. Vostre altesse a fait dire d'elle dés sa plus tendre ieunesse qu'elle estoit vne Plante Royale de la nature de TEliotrope qui se tourne tousiours vers le Soleil. Vous auez tousiours sainctement considéré cette éternelle Beauté dont la vostre n'est que l'Image. Vous auez tousiours parfaitement honoré cette infinie Source de biens où vous auez puisé tantde grâces. A cela, MADAME, on peut dire qu'vne grande et vertueuse Princesse proche parente de Vostre altesse a contribué beaucoup de ses soins, vous ayant éleuée à la
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Pieté en la propre Maison de Dieu. Mais pour le finissement dVn si beau Chef-d'œuure, il n'a quasi pas esté besoin de ces excellentes instructions, il a presque suffi de ses saincts Exemples. Vostre ALTESSE auoit en naissant vne si grande disposition au bien qu'elle a fait paroistre vne Sagesse acheuée en vn aage où les autres personnes de son sexe ne font que commencer à Testudier. Le Diuin Autheur de toutes choses, ce grand Ouurier qui fait ordinairement espreuue de la bonté de ces Ouurages, lorsqu'il se propose de les éleuer, a visité bien exactement vostre vertu par plusieurs années. C'est vn Or qu'il a voulu mettre à la coupelle des afflictions pour faire mieux cognoistre son excellence. Il a permis que Vostre ALTESSE ait senty les peines que souffre vne fidelle moitié lors qu'elle est séparée de son tout. Mais après auoir fait durer cet orage iusques au poinct qu'il s'estoit proposé pour sonder la fermeté de vostre Ame; il a fait cesser la tempeste. Il a tiré Vostre altesse du
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trouble à la tranquillité, et Ta faite passer dVn long ennuy, dans vn paisible estât de ioye. Il semble mesme que sa Bonté pour recompenser vostre mérite a fait des efforts extraordinaires en ceste heureuse conioncture, et qu'elle n'a point voulu tirer Vostre altesse d'entre les espines, pour la faire marcher sur des Roses; sans couurir presque en mesme temps Monseigneur vostre mary de nouueaux lauriers, afin que vostre félicité fust plus complette, voyant couronner sa valeur aussi bien que vostre constance , et vous treuuans tous deux triomphans; Vous de la cruauté de la Fortune; er luy des Ennemis de cet Estât. Cette glorieuse expédition, fameuse par toute l'Europe, ne s'est point faite auec tant d"heur, sans que la Diuine Prouidence ait considéré vos sainctes prières. Les vœux de Vostre altesse, MA- DAME, ont obtenu des bénédictions pour ses Armes. Vostre Esprit assiste de vostre Oratoire à tout ce que son courage fait de grand à la campagne. La France espère, MADAME,
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qu'en suite de ces grands progrez où vostre pieté prend part : Vos altesses royales auront quelque fruict de leurs chastes affections : et qu'on verra naistre de vostre lict vn nouueau suport de ceste Couronne. Ce sera, MADAME, vne des recompenses de vos vertus , qui sera conforme aux souhaits que fait pour le comble de vos prosperitez,