‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 59 sur 89 · A MADAME · texte numérisé non relu

A MADAME

LA

DVC

DE CHAVNE.

ADAME

Vous auez porté si hautement cet Ouvrage de Théâtre, en Thonorant de vostre veuë et de

EPISTRE

vostre estime, que sa réputation pourroit décroistre s'il ne portoit point vostre Nom. Foseray donc vous le consacrer comme à TAstre qui présidant à sa naissance, luy a donné par vne céleste impression tout ce qu'il a de plus agréable. Certainement, MADAME, s'il y a rien de délicat en cette Peinture, c'est seulement aux endroits que vous auez daigné retoucher : c'est aux lieux où i'ai suiuy de plus prez la iustesse de vos pensées.

Il faut confesser que vos sentimens sont tous pleins de lumière et de magnificence; et qu'il n'y a point de productions d'Esprit si acheuées, à qui vous ne peussiez donner des grâces nouuelles, s'il vous plaisoit de les embellir. Pourmoy, MADAME, dés l'instant que l'eus l'honneur de vous voir et de vous enten-

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dre parler, ie me trouuay tout surpris à Tobjet dVn si grand recueil de différentes beautez : le fus tout esbloûy de Teclat d\'n si merueilleux Chef-d'œuvre de la Nature. Et vous me iistes iuger fauorablement de Topinion de ces Philosophes qui veulent marier nécessairement la beauté de TAme à celle du Corps : ne pouuans s'imaginer quVn beau Palais ne loge toujours vne belle Hostesse.

Taperceus lors auec admiration les auantages que TEsprit tire dVn beau sang, et quelles dispositions il reçoit de la perfection de ses organes.

En obseruant la grandeur de vostre mérite, il m'eust esté impossible de pouuoir douter de la grandeur de vostre naissance; Il fut aisé de me persuader que vous sortez de ces grands

EPISTRE

Héros dont le Nom enrichit TKistoire : de ces généreux Gaulois qui ne balançoient point à tirer Tépée contre le premier des Césars, et se trouuoient auoir assez de cœur pour vouloir défendre vn coin de terre contre le Conquérant de tout le reste de rVniuers.

Ce furent ces beautez et ce grand éclat, MADAME, qui me firent en vn moment mépriser pour vostre seruice, ce que i'estimois auparauant plus que toutes choses. Cette liberté qui est si chère à tous les hommes, et sans qui toutes les douceurs de la vie deuiennent ameres.

Aussi, MADAME, vous estiez capable de me faire trouuer de Tagrément dans vne seruitude plus contrainte. le ne receuois pas en vous vne Maistresse pour Tauthorité seulement; l'en

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rencontrois encore vue autre pour les belles cognoissances et les excellentes qualitez. Et seruir de cette façon, estoit moins céder à la Fortune que ce n'estoit se soubmettre à la Vertu. le garderay donc le souuenir de cette auanture, MADAME, comme vne faueur de mes destinées, et n'auray iamais de qualité qui me soit plus chère que celle

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