AVEC PRIVILEGE DV ROY
A MONSEIGNEVR
MONSEIGNEVR
LE DVC DE
CHAVNE.
ONSEIGNEVR,
Ce n'est point pour sauuer cet Ouurage de riniure du Temps, ni de la malice de TEnuie, que ie souhaite de le mettre sous la protection dVn nom illustre comme le vostre : Cette production d'esprit est de si peu de conséquence, qu'il n'importe guère qu'elle périsse : Et comme les fusées qui vont par bas , elle ne brille
EPISTRE
point d'vn feu qui doiue estre considérable pour sa durée. Ce n'est qu'vn petit diuertissement, ce n'est que l'effet d'vne interualle de trauail, et comme le repos dVne estude plus sérieuse. Aussi ne vous offray-je pas cette Comédie comme vne offrande digne de vous, ni qui soit mesme digne de moy : le vous la présente pource que i'ay passion de faire esclater en public, le zèle particulier que i'ay pour vostre seruice. Mon ardente deuotion fait en cet endroit comme la colère , qui dans ses transports se sert de toutes sortes d'armes. l'espere, MONSEIGNEVR, de vous témoigner quelque iour ma tres-humble affection par des marques plus magnifiques, et dont vos belles actions seront la seule matière. Vous avez des Gouuernemens dans vne Prouince qui sert comme de Théâtre à la guerre, et vous y ioûez si noblement vostre Personnage, que les choses que vous ferez seront bien dignes d'estre escrites. Au reste, MONSEIGNEVR, auec Tauantage de vous faire craindre, vous ne manquerez pas de qualitez pour vous faire
E PISTEE
aimer. On admire en vostre ame vn fonds de bonté noble et généreuse; vne inclination qui se porte aussi facilement au bien, que celle des autres se porte au mal. On n'y void nulle pente au vice, et Ton y remarque de grandes dispositions à Theroïque vertu. le dirois encore qu'auec vn esprit connoissant et fort, et qui sçait discerner parfaitement les bonnes choses, vous en vsez auec vne retenue toute modeste, et qui fait connoître que votre ingénient accompagne par tout vostre esprit, et qu'ils produisent ensemble, et la franchise dont vous vsez enuers vos amis, et la ciuilité que vous auez pour tout le monde. De ces grands auantages, MONSEIGNEVR, vous auez beaucoup d'obligation aux soins que Ton a pris de vous esleuer, mais vous en auez de plus particulières à Tillustre sang dont vous estes sorty. L'Art n'a fait qu'acheuer en vous ce que la Nature auoit auancé; \'ous aués rcceu les erres de tout ce bien, dés l'heure de vostre naissance, et vous ne pourrez iamais manquer de faire de grands progrcz vers la
EPISTRE
Gloire, lors que vous suiurez vos propres sentimens, et que vous receurez comme vous faites, les auis de Madame la Duchesse de Pequigny; Vous sçauez aussi bien que moy, que le Thermodon n'a iamais veu de Reyne Amazone plus noble ni plus généreuse qu'elle, et que vous ne receurez iamais de conseils qui soient bas, d'vne Mère si glorieuse et si pleine d'esprit. Elle est capable de vous aprendre fort bien comme il faut porter la bonne et la mauuaise fortune. Mais, MONSEIGNEVR, par quelle impétuosité de zèle me suis-je emporté, iusqu'à vous parler de cette diuine personne, dont on ne peut faire d'assez grands Eloges? Moy qui n'auois dessein que de vous offrir vn petit Poëme tout burlesque, et prendre occasion de là pour vous protester que ie suis auec autant de passion que de respect, MONSEIGNEVR,
Vostre tres-humble et tresobeïssant seruiteur,
L'IMPRIMEVR