SCENE PREMIERE
LISANDRE.
ENFIN, voicy Tendroit où Lucinde demeure, Et ie la reuerray possible dans vne heure : le reuerray les yeux dont ie fus enflâmé, Et cette bouche encor par qui ie fus charmé, Cet Oracle d'Amour, cette bouche de rose. Qui toujours adoucit les loix qu'elle m'impose, le baiseray sa main qui dans ce qu'elle escrit, Par des traits si charmants marque son bel esprit; Mais si faut-il encor relire cette lettre, Si le temps et l'Amour me le peuuent permettre; Elle presse si fort mon amoureux désir. Qu'il ne me reste pas vn moment de loisir.
LETTRE DE LVCINDE
A LISANDRE.
-^xENEZ en diligence, et parlez à Phenice, ^ Qui vous descouurira Testât de nostre sort : Nous n'auons plus d'espoir, qu'en vn seul artifice. Où Lisandre seruira fort; Mais qu'il manque, ou qu'il réussisse.
Mon amour ne craint rien, non pas mesme la mort.
Lucinde, si i'entends la voix de cet Oracle,
Nous sommes trauersez par quelque grand ostacle.
Nostre heur est retardé par quelque empeschement,
Mais il faudra le vaincre ou mourir promptement.
Rien ne diuertira mon amoureuse cnuie,
l'obtiendray cette Belle ou ie perdray la vie.
G que ie suis à plaindre en mon sort amoureux!
le vy dsssous le Joug d'vn père rigoureux ;
Qui ne sçauroit respondre à mon ardeur extrême,
Qui veut que i'estudie, et n'entend point que i'aymc.
Lucinde d'autre-part, tremble sous vne loy,
Qui la rend pour le moins esclaue autant que moy.
En ses désirs secrets, elle craint vne mère.
Qui ne luy parle point qu'auec vn front seuerc ;
Qui l'obserue sans cesse, et la suit en tous lieux.
Et qui pour la garder voudroit avoir cent yeux.
De m'aller descouurir; cette femme chagrine,
Ne rebuttera pas ma naissance et ma mine,
Possible suis-ie fait à ne desplaire pas :
Mais comme Ton en vse en de semblables cas,
Sans doute elle voudra faire parler mon père,
Et Dieu sçait quels seront ses transports de colère :
Cet esprit rude, auare, actif pour amasser,
De nourrir vne bru, se veut long-temps passer.
On le fera cabrer luy portant ces paroles,
Il me fera soudain retourner aux escoles,
le seray trop heureux, s'il ne me frape pas;
Mais quel homme indiscret accompagne mes pas.
Et me suiuant m'escoute en posture plaisante?