‹ ThéâtreChapitre 100 sur 286 · ACTE 1, SCENK V · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCENK V

WALLENSTEiN. Je veiix VOUS (lire ce qu'il en est. — Oui, l'Autrichien a une patrie, et il l'aime, et il a des motifs pour l'aimer. Mais celle armée qui se nomme l'arméft impéiiale, qui stationne en Bohême, n'en a aucune, c'est le rebut des nations étrangères, l'écume des peuples, qui ne possède rien que sa part k la lumière du soleil; et cette terre de Bohème, pour laquelle nous combattons, elle n'a aucune affection pour son maître ; c'est le sort des armes, et non pas son propre choix, qui le lui a donné. Elle supporte en nmrmuranl la tyrannie d'une autre croyance; la force l'a subjuguée, mais ne l'a pas soumise. Le souvenir des cruautés commises dans ce pays estencorc vivant et entrelient dans les esprits un sentiment de vengeance. Le fils peut-il oublier que c'est en lui mettant les chiens aux trousses qu'du a mené son père à la messe? Un peuple qui a éprouvé de pareilles souffrances est terrible, soit qu'il supporte ses mauvais traitements, soit qu'il veuille s'en venger.

"WRANGEL. Mais la noblesse et les officiers ? Une telle désertion, une telle félonie, prince, est sans exemple dans l'histoire du monde.

WALLENSTEiN. Ils sout à mol saus réserve. Si vous ne voulez m'en criore, vous en croirez du moins vos propres yeux.(// lui donne la formvle du serment. Wrangel la lit, et aprh l'avoir lue, la remet en silence sur la table.) Eh bien ! comprenez-vous, maintenant?

W'RAKGi-L. Le comprenne qui pourra. Prince, je laisse tomber le masque ; — oui, j'ai plein pouvoir pour tout conclure, i.e rhingrave n'est qu'à quatre journées de marche d'ici, avec quinze mille hommes, et n'attend qu'un ordre pour se joindre à votre armée. Cet ordre, je puis le (iiinnerdès que nous serons d'accord,

**ALLE^s^i!;lN. Que demande le chancelier?

"WRANGVL. d'un ton plus sérieux. 11 s'agit de douze itgiments suédois. J'en réponds sur ma tête. Tout ceci pourrait bien n'être à la lin qu'un jeu trompeur... m. iî

t34 LA MORT DK WALLEiNbTElN.

WALLENSTEiN. Seigneur suédois !...

WRANGEL continue tranquillement. Il faut donc que leducde Friedland rompe formellement et sans aucune possibilité de retour avec l'empereur ; autrement, on ne lui confiera pas un seul soldat suédois.

■WALLENSTEIN. Mais quc demande-l-on? Soyez bref et net.

WRANGEL. Que l'on désarme les régiments espagnols dévoués à l'empereur, que l'on s'empare de Prague, que cette ville, ainsi que la forteresse d'Égra, soit remise aux Suédois.

WALLENSTEIN. C'cst beaucoup demander. Prague ? passe pour Égra, mais Prague ! cela ne se peut. Je vous donnerai toutes les garanties que vous pouvez raisonnablement demander ; mais Prague !... ia Bohême! je puis moi-même la défendre.

WRANGEL. On n'en doute pas. Aussi ne songeons-nous pas seulement à la défendre ; nous ne voulons pas avoir sacrifié en vain des hommes et de l'argent.

WALLENSTEIN. C'CSt JUSIC.

WRANGEL. Et tant que nousneseronspas indemnisés, Prague restera en gage.

WALLENSTEIN. Vous ficz-vous si peu à nous?

WRANGEL se lèvc. Lcs Suédois doivent être en garde contre les Allemands. On nous a appelés de l'autre côté de la mer Baltique, nous avons sauvé l'empire de sa ruine, nous avons scellé de notre sang la liberté des consciences, le saint enseignement de l'Évangile. Maintenant, on ne songe déjà plus aux bienfaits de notre présence, on n'en sait que le poids. On regarde d'un œii malveillant ces étrangers campés au milieude l'empire, et on serait tout disposé à nous renvoyer dans nos forêts avec une poignée d'or. Non, ce n'est pas pour le salaire de Judas, pourunpeu d'or el d'argent, que nous aurons laisoé notre roi sur le champ de bataille ! Le noble sang de tant de Suédois n'a pas con'é pour de l'oret de l'argentl Nous ne voulons point retourner dans

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