SCÈNE V
OCTAVIO PICCOLOMINI, ISOLANI.
isoLANi. Me voici. Viendra-t-il encore quelqu'un des autres?
OCTAVIO, d'un air de mystère. D'abord, un mot avec vous, comte Isolani.
ISOLANI, aussi d'un air de mysfè?'e. S'agit-il de l'entreprise du prince? Vous pouvez vous fier à moi; metlez-moi à l'épreuve.
OCTAVIO. Cela pourra bien arriver.
ISOLANI. Camarade, je ne suis pas de ceux qui ne sont braves qu'en paroles, et qui, lorsqu'on en vientaufaïf, prennent hT)nteusement le large. Le duc s'est comporté, à mon égard, en ami ; Dieu sait que cela est, je lui dois tout. Il peut compter sur ma fidélité.
ACTK II, SCÈM: V. J53
OCTAYio. C"est ce que l'on verra.
isOLANi. Mais, prenez garde, tous ne pensent pas ainsi. Il y en a encore ici beaucoup qui sont du parti de la cour, et qui pensent que les signatures surprises récemment ne les engagent à rien.
ocTAVio. Ah ! nommez-moi ceux qui pensent ainsi.
isuLANi. Par le diable ! tous les Allemands parlent de la sorte. Et tenez, Eslerhazy, Kaunitz, Déodati, déclarent maintenant qu'il faut obéir à la cour.
OCTAVIO. Cela me réjouit.
ISOLANT. Cela vous réjouit?
OCTAVIO. Oui, je me plais à voir que l'empereur a encore de si bons amis et de si braves serviteurs.
isoLANi. Ne plaisantez pas, ce ne sont pas des hommes de peu d'importance.
OCTAVIO. Certainement non. Dieu me garde de plaisanter ! Je me réjouis très-sérieusement de voir la bonne cause si forte.
JSOLANI. Comment diable ? qu'est-ce que cela signifie?... N'éles-vous donc pas... Pourquoi suis-je ici?
OCTAVIO, d'un air imposant. Pour déclarer nettement et franchement si vous voulez être l'ami ou l'ennem' de l'empereur.
ISOLANT, fihement. Je donnerai cette explication \i celui qui a le droit de me la demander.
^CTAVTO. Ce papier vous apprendra si j'en ai le droit.
ISOLANT. Comment ! c'est la main et le sceau de l'empereur? (// lit.) « Tous les commandants de notre armée obéiront aux ordres de notre féal et amé lieutenant général Piccolomini, comme aux nôtres mômes. » Ah !... ah !... vraiment ! Oui !... oui !... Je vous fais mon compliment, monsieur le lieutenant-général.
OCTAVTO. Vous soumettez-vous à cet ordre ?
ISOLANT. Moi?... Mais vous me surprenez si subitement... On m'accordera bien, j'espère, le temps de la •réllexion...
OCTAVIO. Deux minutes.
15 4 LA MOr.T DE WALLFNSTtlN.
isoLANi. Mon Dieu, la circonstance est pourtarjl..
ocTATio. Glaire et simple. Il s'agit de savoir si vous voulez trahir votre maître, ou le servir fidèlement.
isOLANi. Le trahir? Mon Dieu ! qui parle donc de trahir?
ocTAvio. Voici le fait. Le prince est un traître, il veut conduire l'armée h l'ennemi. Expliquez-vous donc nettement et sans délai. Voulez-vous abjurer la foi que vous devez à l'empereur? Voulez-vous vous vendre à l'ennemi? le voulez-vous ?
isoLANi. Quelle idée ! Moi ! me parjurer envers l'empereur? Ai-je dit cela? Quand l'aurais-je dit?
ocTAVio. Vous n'avez encore rien dit, rien encore. J'attends pour savoir ce que vous direz.
isOLANi, Remarquez une chose qui me fait plaisir, c'est que vous êtes vous-même témoin que je n'ai rien dit de semblable.
OCTAVIO. Vous dites donc que vous vous séparerez du prince?
ISOLANI. S'il a ourdi une trahison... La trahison brise tous les lions.
OCTAVIO. Élcs-vous résolu à combattre contre lui?
ISOLANI. Il a été généreux envers moi; mais si c'est un traître, que Dieu le punisse : je suis quille envers lui.
OCTAVIO. Je me réjouis de vousvoir embrasser la bonne cause. Cette nuit même vous partirez en silence avec toutes les troupes légères... Vous agirez comme si l'ordre venait du duc lui-même. Le lieu du rendez-vous est Frauenberg; là. Galas vous donnera denouvel.es instructions.
ISOLANI. Gela sera fait ainsi. Mais souvenez-vous de moi auprès de l'empereur. Qu'il sache que vcusm'aiez trouvé bien disposé.
OCTAVIO. Je ferai votre éloge. {Isolani se retire. Un domestique entre.) Le colonel Buttler ! bien.
ISOLANI, 7'evennnt P^r^innnez-moi aussi, mon vieux