ACTE 111, SCÈNE VU. 17S
TERZKY. Ce sont mes régiments qui l'ont envoyé. Ils vous renouvellent leurserment de fidélité, et attendent avec une ardeur guerrière le signal du combat.
"WALLENSTEiN. Mais commentée tumulte a-t-il éclaté dans le camp? L'armée ne devait rien savoir avant que la fortune se fût décidée pour nous à Prague.
TERZKY. Oh ! que ne m'avez- vous cru ! Hier soir encore, nous vous avons conjuré de ne pas laisser sortir cet Octavio, ce serpent, — et vous lui avez donné vousmême des chevaux pour s'enfuir.
WALLENSTEiN. Eucore ccttc chanson. Une fois pour toutes, ne parlons plus de ces soupçons absurdes.
TErfZKY. Vous vous ôtcs fié aussi à Isolani, il est le premier qui vousa^ndonne.
WALLENSTEIN. Je l'ai tiré hier de la misère. Bon voyagel je n'ai jamais compté sur la reconnaissance.
TERZKY. Et ils sont tous l'un comme l'autre.
•WALLENSTEIN. En mc quittant, n'agit-il pas comme il devait le faire ? Il reste fidèle au dieu du hasard, qu'il a toujours servi à la table du jeu. C'est à ma fortune qu'il était attaché; c'est elle, qu'il abandonne, et non pas moi. Qu'étais-je pour lui et qu'était-il pour moi? J'étais le navire chargé de ses espérances, avec lequel il naviguait joyeusement en pleine mer; il voit que nous nous dirigeons vers lesécueils, et bien vite il retire sa marchandise. Aucun lien de cœur ne nous unissait; il me quitte comme l'oiseauléger quitte la branche dont il n'a plus besoin. Oui, il mérite d'être trompé, celui qui met sa confiance dans les hommes frivoles. Sur leur front mobile et petit, les images delà vie se reflètent en traits passagers, mais vous pouvez compter que rien ne prendra racine dans le sol silencieux du cœur ; une commode bonhomie émeut fiicilement leurs humeurs, mais il n'y a point d'âme pour échauffer leurs entrailles.
TERZKY. J'aimerais pourtant mieux me confier à ce« fronts unis qu'à tant d'autres froncés par les rides.