SCÈNE XXIIL
Les Précédents; WALLENSTEiN, ILLO, BUTTLER; puU
des cuirassiers.
WALLENSTEiN, s'avonçant. Terzky!
TERZKY. Mon prince !
WALLENSTf.iN. Que nos régiments se tiennent prêts à partir aujourd'hui même. Nous quitterons Pilsen avant la nuit. {Terzky sort.) Biiltler !
BUTTLER. Mon général...
WALLENSTEiN. Le Commandant d'Égra est votre ami et voire compatriote ; éciivez-lui à l'instant par un courrier qu'il se tienne prêt à nous recevoir demain dans la forteresse, vous nous suivrez avec votre régiment.
BUTTLER. Ce sera fait, mon général.
WALLENSTEiN s'avance entre Max et Thécla, qui, pendant ce temps, continuaient à se tenir embrassés. Séparez-vous.
MAX. 0 Dieu ! (Des cuiî^assiers entrent, les armes à la main, dans la salle, et se placent dans le fond. On entend jouer sous les fenêtres la marche du régiment de Pappenheim, comme pour avertir M/'X.)
WALLENSTEIN, ttux cuirussiers. Le voilà. Il est libre, je ne le retiens plus. (// marche vers le côté de la scène, de manière que Max ne peut s'approcher ni de lui ni de Thécla.)
MAX, à Wallenstein. Tu me hais, tu t'éloignes de moi avec colère. Les liens de l'ancienne affeclion sont rompus, lu de veux pas la dénouer doucement; tu veus me rendre celte séparation plus douloureuse encore, tu sais que je n'ai pas encore appris à vivre sans loi.
— Je Tais dans un désert, et tout ce qui m'était cher demeure ici. Oh! ne détourne pas tes yeux de moi: montre-moi encore une fois ce visage qui me sera éternellement cher et sacré. Ne me repousse pas. (// veut prendre sa main, Wollenstein la retm ; il se tourne vers la comtesse.) Ne puis-je rencontrer ici un regard oe pitié?... Madame de Terzky... {Elle se détourne de lui; il s'adresse à la duchesse.) Et vous, mère chérie?...
LA DUCHESSE. Allez, comte, où votre devoir vous appelle. Peut-être un jour pourrez-vous être auprès du trône de l'empereur, notre fidèle ami, notre bon ange.
MAX. Vous voulez me donner, madame, une douce pensée, ne pas me laisser entièrement livré au désespoir. Oh ! ne me trompez point par de vaines illusions ; mon malheur est assuré, et, grâce au ciel, il y a un moyen pour moi d'en finir. {La musique guerrière recommence; la salle se remplit de plus en plus de soldats armés. Il aperçoit ^î/^^/tr.) Vous ici, colonel Buttler ! Vous ne voulez pas me suivre? Eh bien ! soyez plus fidèle à votre nouveau maître que vous ne l'avez été au premier. Venez, promettez-moi de protéger sa vie, de la préserver de toute atteinte; donnez-moi la main pour gage de votre promesse. {Buttler lui refuse sa main.) La sentence de l'empereur pèse sur lui et livre sa noble tête au premier assassin qui voudra mériter le prix du sang. C'est maintenant qu'il a besoin des soins zélés, des regards vigilants de l'amitié, et ceux que je vois autour de lui en le quitt;int... {Il jette sur Illo 'jt sur Butticr un reyard de défiance.)
ILLO. Cherchez les traîtres dans le camp de votre père et de Galas; ici, il n'y en a qu'un. Allez, et délivrez-nous de son odieux aspect. Allez. {Max essaye encore une fois de se i^approcher de Thécla, Wallemtein l'en empêche. Il ptorait iin'ésnlu, en pmie à une vive douleur. Pendant ce temps, la salle se remplit de plus en plus ; les yompettes sourient de nouveau pour l'avertir. )
MAX. Sonnez, sonnez... Ah ! que n'est-ce la trompette
ACTK lY, SCKNE I. 201
des Suédois I Que ne puis-je m'en aller d'ici dans le chanop de la mort ! Pourquoi toutes ces éjiées ne me percent-elles pas le sein? Que me voulez-vous? Vdus
venez pour m'arracher d'ici — Oh ! ne me ])Oussez
pas au désespoir. Prenez garde, vous pourriez vous ii repentir. {La salle est toute remplie de soldats armés. Encore ! les soldats se joignent aux soldats; et celle masse puissante m'entraîne. Pensez à ce que vous faites. Vous avez tort de choisir pour chef un désespéré. Vous m'arrachez à mon bonheur; eh bien ! je dévoue vos âmes à la déesse de la vengeance. Vous m'avez choisi pour votre perle; que celui qui m'accompagnera soit prêta mourir! [lise tourne vers le fond du théâtre. Les cvirassicrs se mettent en mmwement et l'accompagnent af'ec un bi'uit tumultueux. Wallenstein reste immobile. Thécla tombe dans les bras de sa mère. La toile se baisse.)