‹ ThéâtreChapitre 195 sur 286 · ACTE V, SCËNE V. 2«l · texte numérisé non relu

ACTE V, SCËNE V. 2«l

malheur prochain vous menace, de faux amis sont près de vous, des signes terribles se sont montrés, des embûches fatales vous environnent de toutes parts.

WALLENSTEiN. Tu rêves, Baptiste, la crainte te trouble l'esprit.

SENi. Oh! ne croyez pas qu'une vaine terreur me trompe. Venez, lisez vous-même dans les planètes. De perfides amis vous menacent.

WALLENSTEIN. Si mon malheur doit venir de perfides amis, les signes qui me l'annoncent auraient dû m'apparaître plus tôt. Maintenant les étoiles n'ont plus rien à m'apprcndre à ce sujet.

SENi.Oh! venezet voyez; croyez-en vos propres yeux. Un signe fatal se montre dans le domaine céleste de votre vie ; un ennemi qui est près de vous, un méchant esprit s'est glissé sous les rayons de votre étoile. Écoutez mes avertissements; ne vous livrez pas à ces païens qui font la guerre à notre sainte Église.

WALLENSTEIN, sourinnt. Est-ce de là que vient l'oracle?... Oui, oui, maintenant je le vois... Cette alliance avec les Suédois ne t'a jamais plu. Va le reposer, Baptiste, je ne redoute pas de tels signes.

GORDON, qui pendant cet entretien a été vivement ému, se tourne vers Wallenstein. Mon prince, oserai-je parler? Souvent un homme sans importance a donné un avis utile.

WALLENSTLiN. Parle librement.

GORDON. Mon prince, si cependant tout ceci n'était pas un vain fantôme, si la providence de Dieu se servait miraculeusement de cet organe pour vous sauver?...

WALLENSTEIN. Vous ôtcs dans le délire l'un et l'autre. Comment mon malheur pourrait-il me venir des Suédois : ils Dut recherché mon alliance, ils y trouvent leur intérêt.

GORDON. Mais si c'était précisément l'arrivée de ces Suédois qi i dût être lacause de votre perte au moment m. 21

OÙ VOUS êtes si tranquille... (// se jette à genoux devant lui.)0\\\ il en est encore temps, mon prince.

SENE se jette aussi à genoux devant lui. Ohl écouteze, écoutez-le.

WALLENSTEiN. Temps dc quoi faire? Levez-vous... Je le veux, levez-vous.

GORDON se lève. Le rhingrave est encore loin; ordonnez que celte forteresse lui soit fermée. S'il veut nous assiéger, qu'il l'essaye, et, je vous le dis, lui et toute son armée périront devant ces murs plutôt que de lasser notre constance et notre courage. 11 verra ce que peut faire une troupe de héros animés par un chef héroïque qui veut sérieusement réparer sa faute. Celte action touchera l'empereur et nous réconciliera avec lui ; car son cœur est porté à la clémence, et Friedland, retournant à lui avec repentir, sera placé plus haut dans la faveur de son souverain que s'il ne l'avait jamais perdue.

-WALLENSTEIN le regarde avec surprise, puis se tait un instant et montre une profonde émotion. Gordon, l'ardeur de votre zèle vous conduit bien loin. Un ami de jeunesse peut seul se permettre un tel discours. Le sang a coulé, Gordon, l'empereur ne pourra jamais me pardonner, et s'il le pouvait, moi, je ne voudrais pas vous pardonner. Si j'avais pu prévoir ce qui est arrivé, si j'avais su que j'y perdrais mon ami le plus cher, et si mon cœur m'avait parlé comme à présent, peut-être aurais-je réfléchi... peut-être non. Mais maintenant que me reste-t-il à ménager? Les commencements de mon entreprise sont trop graves pour n'aboutir à rien. Qu'elle suive donc son cours i (// s'avance vers la fenêtre.) Voyez, il est nuit; déjà dans le château on n'entend plus rien. Allons, que l'on m'éclaire. {Le valet de c/tambre, qui est entré en silence et qui a pris une part visible à l'entretien s'avance vivement ému, et se jette aux pieds du duc. )1oi aussi! mais je sais pourquoi ti' désires que je fasse ma paix avec l'empereur. Le pauvre

Page 1