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SCÈNE VI

GORDOiN, BUTTLER, au fond du théâtre.

BTJTTLER. Restez tranquillement là jusqu'à ce que je donne le signal.

GORDON. C'est lui ! il amène déjà les meurtriers.

BUTTLER. Les lumièrcs sont éteintes. Tout est dans un profond sommeil.

GORDON. Que dois-je faire? essayerai-je de le sauver? Meltrai-je la maison et les gardes en mouvement ?

BUTTLER paraît. Il y a de la lumière dans le corridor qui conduit à la chambre à coucher du prince.

GORDON. Mais ne violerai-je pas mon serment envers l'empereur? Et s'il s'échappe, et s'il augmente la force de l'ennemi, n'en résultera-t-il pas des conséquences terribles dont je répondrai sur ma tête ?

BUTTLER s'approche. Silence ! Écoutons. Qui parle ici?

GORDON. Hélas ! il vaut encore mieux m'en remettre

au ciel, car qui suis-je pour intervenir dans de si

"grands événements? S'il succombe, ce n'est pas moi

244 LA MORT DL WALLENSTniN.

qui l'aurai tué ; s'il est délivré, j'en serai la cause e| j'en subirai les conséquences.

BUTTLER avance encore. Je connais cette voix.

GORDON. Bultler !

BiTTLER. C'est Gordon. Que cherchez-vous ici? Le duc vous a-t-il congédié si tard ?

GORDON. Vous portez la main en écharpe ?

BUTTLER. Elleestblessée.CetlIloaconibatlucomnieua désespéré, jusqu'à ce qu'enfin nous le jetions par terre.

GORDON. Sont-ils morts?

BUTTLER. Oui, ils Ic sont... Est-il au lit?

GORDON. Hélas ! Butller 1

BUTTLER. Y est-il ? Parlcz : le meurtre ne peut pas rester longtemps caché.

GORDON. Qu'il ne meure pas, qu'il ne meure pas par vous ! le ciel ne veut point de votre bras 1 voyez : il est blessé.

BUTTLER. Mon bras ne sera pas nécessaire.

GORDON. Les coupables sont morts : c'en est assez pour satisfaire la justice. Que tout soit apaisé par ces victimes. {Le valet de chambre traverse la galerie, le doigt sur les lèvres, pour demander silence.) Il dort. Oh ! ne l'éigorgez pas dans le moment sacré du sommeil.

BUTTLER. Non : il se réveillera pour mourir. (// veut sortir.)

GORDON. Hélas ! son cœur, encore tout préoccupé des choses terrestres, n'est pas prêta paraître devant son Dieu.

BUTTLER. La miséricorde de Dieu est grande. (// veut tortir.)

GORDON l'arrête. Accordez-lui seulement cette nuit.

BUTTLER. Chaque instant peut nous trahir.

GORDON. Seulement une heure.

BUTTLER. Laissez-moi. A quoi lui servirait ce court délai?

GORDON. Oh ! le temps est une divinité merveilleuse. Dans une heur^^ des milliers de grains de sable s'écou«

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