SCÈNE XI
Les précédents; DES CUIRASSIERS.
PREMIER CLiRASsiER. Paix douc ! Que se passe-t-il avec ce paysan?
PREMIER ciiASSEiR. C'cst uu fripou qui a triché au jeu.
PREMIER CUIRASSIER. Il t'a trompé?
pre:mier CHASSEUR. Oui, et il m'a raflé complètement.
PREMIER CUIRASSIER. Comment, toi qui es un soldat de Friedland, as-tu pu t'abaisser et le déshonorer au point d'essayer ta fortune avec un paysan? Qu'il coure tant qu'il pourra courir. [Le paysan s'enfuit; les soldats se resserrent en groupe.)
PREMIER ARQUEBUSIER. Il va vite cn besogne; c'est un gaillard résolu. On est bien avec de pareilles gens. Mais qui est-ce donc? il n'est pas de la Bohême.
LA CANïiNiÈRE. C'est un WalloH. Respect à ces hoinmes-lcà! Il est des cuirassiers de Papenheim.
PREMIER DRAGON, s'avançant. C'est le jeune Piccolomini qui les commande à présent. Ils l'ont eux-mêmeschoisi pour t'olonel à la bataille de Lulzen, quand Papenheim est tombé mort.
PREMER ARQUEBUSIER. Ils Ont osé faire cela !
PREMIER DRAGON. Ce régiment a des privilèges. Il fui toujours le premier dans la mêlée; il a sa justice à lui, et Friedland lui porte une affection particulière.
PREMIER CUIRASSIER, à luï autrc. Est-cc sur? De qui vient la nouvelle?
SECOND CUIRASSIER. Je l'ai entendu de la propre bouche du colonel.
•26 LE Ca.MP DE WALLK.NSTEIIS.
PREMIER cuiuAssiER. Comment diable! nous ne sommes pas leurs chiens.
putMiER CHASSEUR. Qu'ont-ils donc là? Ils sont bien en colère.
SECOND CHASSEUR. Camarades, est-ce quelque chose qui nous concerne?
PREMIER CUIRASSIER. Cela ne peut réjouir personne. [Les soldats s'avancent.) Ils veulent nous envoj'er dans les Pays-Bas, les cuirassiers, les chasseurs, la cavalerie légère, au nombre de huit mille hommes.
LA CANTiNiÈRE. Comment, comment, il faut de nouveau partir! Je suis arrivée seulement hier de la Flandre.
SECOND CUIRASSIER, ttux dragons. Vous autres du régiment de Butller, vous monterez aussi à cheval.
PREMIER CUIRASSIER. Et surtout uous autrcs Wallons.
LA CANTiNiÈRE. Ah! cc sout Ics meilleurs escadrons.
PREMIER CUIRASSIER. Nous dcvous accompagucr lé gouverneur de Milan.
PREMIER CHASSEUR. L'infaut? voilà qui est curieux!
SECOND CHASSEUR. Le ppôlre? le diable est donc déchaîné!
PREiMiER CUIRASSIER. Nous quitterons Friediand, qui traite si noblement le soldat, pour entrer en campagne avec ce ladre d'Espagnol que nous haïssons du fond du cœur? non, cela n'ira pas ainsi; nous décamperons.
LE TROMPETTE. Par le diable ! qu'avons-nous à faire là? Nous avons vendu notre sang à l'empereur, et non uas à ce chapeau rouge d'Espagnol.
SECOND CHASSEUR. G'cst sur la parole et la foi de Friediand que nous sommes entrés au service dans la cavalerie. Si ce n'eût été par amour pour Wallenstein, jamais Ferdinand ne nous aurait eus.
PREMIER DRAGON. C'cst Frlcdlaud qui a organisé notre corps, sa fortune doit nous conduire.
LE MA KÉCH AL DES LOGIS. Laissez~moi vous expliquer.