‹ ThéâtreChapitre 35 sur 286 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

OCTAVIO et QUESTENBERG.

QTJESTENBERG, amcsurprise. Qu'ai-je entendu, général? Quelle audace effrénée ! Que dois-je penser, si c'est là l'esprit général.

OCTAVIO. C'est celui des trois quarts de l'armée.

QUESTENBERG. Malheur à nous ! Où trouver de sitôt une seconde armée pour réprimer celle-ci ? Cet Illo, je le crains, pense encore plus mal qu'il ne parle ; et ce Bultler aussi ne peut cacher ses méchantes opinions.

OCTAVIO. Susceptibilité, orgueil irrité, rien de plus. Je ne désespère pas encore de ceButller; je sais, je connais le moyen de mater ce mauvais esprit.

QUESTENBERG, avec inquiétude, se promenant çà et là. Non, cela est pire, oh ! bien pire, ami, que nous ne l'avions imaginé à Vienne. Nous voyions tout cela avec des yeux de courtisans, éblouis par l'éclat du trône ; nous n'avions pas encore observé au milieu de son camp ce général tout-puissant. Ici, c'est bien autre chose ! Ici, il n'y a plus d'empereur, c'est le prince qui est empereur! La promenade que je viens de faire à côté de vous, à travers le camp, renverse mes espérances.

OCTAVIO. Vous voyez maintenant vous-même quelle charge périlleuse vous m'apportez de la part de la cour, — quel rôle épineux je joue ici. — Le plus léger soupçon du général me coûterait la vie ou la liberté, et hâterait l'exécution de ses projets téméraires.

QUESTENBERG. Ah ! quelle imprudence nous avons commise, en confiant l'épée à cet audacieux, en remettant une telle force en de telles mains ! La tentation était trop forte pour ce cœur pervers ; elle aurait été dangereuse même pour un homme vertueux. Je vous le dis, il refusera d'obéir aux ordres de l'empereur : il le peut, et il le fera. — Son arrogance impunie révélera honteusement notre impuissance.

ACTK I, SCÈNE 111. 49

ocTAVio. El croyez-vous qu'il fasse venir dans son camp, sans motifs, sa femme et sa fille, juste au moment où nous nous préparons à la guerre? Il soustrait par là à la puissance de l'empereur les derniers gages (le sa fidélité, et cela nous annonce l'explosion prochaine de la révolte.

QiESTENBERG. Malheur à nous! Quel orage menaçant s'approche et nous environne de toutes parts! L'ennemi sur les frontières, déjà mailre du Danube, s'avançant toujours plus loin; — dans l'intérieur du pays, le tocsin de la rébellion, le paysan en armes, — toutes les classes conjurées, — et J'armée, dont nous attendions du secours, pervertie, intraitable, désaccoutumée de toute discipline, se séparant de 1 État , de l'empereur, conduite, égarée qu'elle est, par un homme égaré, — l'armée, effroyable instrument soumis aveuglément au plus audacieux des hommes !...

OCTAVIO. Ne désespérons pas trop tôt, mon ami. Il y a toujours plus de hardiesse dans le langage que dans l'action, et tel, qui dans son zèle aveugle paraît vouloir en venir aux dernières extrémités, sentirait son cœur ébranlé, s'il entendait nommer ouvertement son crime. Du reste, nous ne sommes pas complètement sans défenseurs; le comte Altringer et Galas retiennent, vous le savez, leur petite armée dans le devoir, et chaque jour leur force augmente. ^Vallenstein ne peut nous surprendre, il est environné de mes espions; je connais ses moindres démarches, et je les apprends même de sa propre bouche.

QL■ESTE^BERG. 11 csi inconccvable qu'il ne remarque point l'ennemi qui est près de lui.

ocTAvio. Ne pensez pas, au moins, que par des artifices mensongers, par des complaisances trompeuses, j'aie extorqué sa faveur, ni que j'entretienne sa confiance par des paroles hypocrites; ma prudence, mes devoirs envers l'empire etl'empereur, me commandent

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de lui cacher mes véritables pensées; mais jamais je n'ai menti pour le tromper.

QUESTENBLRG. C'cst unc visiblc faveur du ciel.

ocTAVio. Je ne sais ce que c'est qui l'attire et l'attache si fortement à mon fds et à moi. Nous avons toujours été amis , frères d'armes; l'habitude, les dangers partagés en commun, nous avaient liés de bonne heure; mais je pourrais citer le jour où tout à coup son cœur s'ouvrit à moi, où sa confiance s'accrut. C'était le matin de la bataille de Lutzen ; poussé par un rêve funeste, j'allai le chercher pour lui offrir un cheval pour la bataille; je le trouvai éloigné des tentes, endormi sous un arbre. Je le réveillai, et lui racontai ce qui se passait en moi. Alors il me regarda longtemps avec surprise, puis, se jetant à mon cou, me montra une émotion dont ce petit service n'était pas digne. Depuis ce jour, sa confiance s'attacha de plus en plus à moi, à mesure que la mienne diminuait.

QUESTENBERG. Vous mettrez saus doute votre fils dans le secret?

OCTAVIO. Non.

OutsTENBERG. Quoi ! VOUS ne voulez pas lui montrer en quelles mauvaises mains il est tombé?

OCTAVIO. Je veux le laisser livré à son innocence. Son âme confiante est étrangère à la dissimulation; l'ignorance seule peut lui laisser la liberté d'esprit qui maintiendra le duc dans sa sécurité.

QUESTENBERG, soucicux. Mou digne ami, j'ai la meilleure opinion du colonel Piccolomini. Cependant, — si, — Aoyez... réfléchissez...

OCTAVJO. Oui, je penserai à cela. Mais chut ! le voici.

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