‹ ThéâtreChapitre 50 sur 286 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

WALLENSTEiN, secouant la tête. Je veux avoir celte promesse sans réserve. Je n'accepte aucune condition.

iLLO, II me vient une idée. Le comte Terzky ne nous donne-t-il pas un souper ce soir?

TEazKY. Oui, el tous les généraux y sont invités.

ILLO, à Wallenstein. Dites-moi, voulez-vous me laisser plein pouvoir? Je vous procurerai la promesse des généraux telle que vous la désirez.

WALLENSTEIN. Apportez-moi leur engagement par écrit. Quant à la manière dont vous l'obtiendrez, c'est votre affaire.

ILLO. Et si, d'une façon ou de l'autre, je vous prouve, le papier en main, que tous les chefs rassemblés ici s'abandonnent à vous aveuglément, voulez-vous agir alors sérieusement et tenter la fortune avec audace?

WALLENSTEIN. Pfocurez-moi cet engagement.

ILLO. Pensez à ce que vous faites. Si vous ne voulez pas que le pouvoir s'échappe à jamais de vos mains, vous ne devez point satisfaire aux ordres de l'empereur, laisser atiaiblir votre armée, et les régiments se joindre aux Espagnols ; d'un autre côté, si vous ne voulez pas rompre ouvertement avec la cour, vous ne pouvez plus résister aux dispositions de l'empereur, chercher de nouveaux subterfuges et temporiser. Décidez-vous : choisissez, ou d'agir avec résolution et de prévenir la cour, ou bien, en différant encore, attendez-vous à ce qu'on en vienne aux dernières extrémités.

WALLENSTEIN. On y réfléchira avant d'en venir aux dernières extrémités.

ILLO. Oh ! saisissez l'occasion favorable avant qu'elle ne s'échappe. Elle arrive si rarement dans la vie, l'heure vraimentimportanteet décisive. Lorsqu'il est temps de prendre une résolution, un grand nombre de circonstances heureuses se rapprochent, se rejoignco^ ; puis les occasions, les ressorts du destin, après s'êlre réunis sur un point de la vie pour former un germe difficile,

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se séparent et se dispersent un à un. Voyez comme autour de vous tout à présent est grave et décisif ! — Les premiers, les meilleurs chefs de l'armée, rassemblés autour de vous, leur royal commandant, n'attendent que votre signal. Oh ! ne les laissez pas se disperser l'un après l'autre; vous ne poiirriez pas, dans tout le cours de la guerre, les réunir ainsi une seconde fois. C'est la marée haute qui emporte le pesant navire loin du rivage. Le courage de chacun s'accroît dans le torrent de la foule. Maintenant ils sont à toi, maintenant encore. Bientôt la guerre les dispersera, les jettera çà et là. — L'intérêt général se perdra dans les intérêts particuliers et les soucis vulgaires. Tel, qui aujourd'hui s'oublie, entraîné parle torrent, revenu de son ivresse, lorsqu'il se verra seul, ne sentira que son impuissance, et reviendra rapidement dans la vieille route battue du commun devoir, pour y trouver un abri et une sam^egarde.

■WALLENSTEiN. Le tcmps n'cst pas encore venu.

TERZRY. C'est toujours là ce que vous dites. Mais quand le temps viendra-t-il ?

WALLENSTEIN. Quand je le dirai.

iLLO. Oui, et c'est ainsi qu'en attendant que l'heure des étoiles sonne, celle de la terre vous échappera. Croyez-moi, l'astre de voire destin est dans votre cœur, fiez- vous à vous-même; votre résolution, voilà votre étoile. La seule influence funeste que vous ayez à redouter, c'est l'hésitation.

WALLENSTEIN. Vous parlez selon vos idées. Que de fois pourtant ne vous ai-je pas donné cette explication ! A l'heure de votre naissance, Jupiter, le dieu de la lumière, était à son déclin. Vous ne pouvez observer les choses mystérieuses, vous ne pouvez que rester plongé dans les ténèbres de la terre. Vos regards aveugles ne connaissent qu'une lueur pâle, terne, souterraine. Vous pouvez voir les choses terrestres, vulgaires, et allier dans votre prudence celles qui se Louchent de

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prés. Pour cela, j'ai confiance en vous et je vous crois. Mais les choses mystérieuses qui se développent dans les profondeurs de la nature ; mais l'échelle des esprits, qui, par mille degrés, s'élève de ce monde de poussière jusqu'à l'empire des astres, et que les puissances célestes montent et descendent ; mais ces cercles renfermés dans d'autres cercles, et qui se rapprochent toujours de plus en plus du soleil quiesl leur centre ; pourles apercevoir, il faut avoir les yeux dessillés; il faut êlre l'enfant habile et clairvoyant de Jupiter. {Après avoir fait quelques pas dans la salle, il s'arrête, puis continue.) Les astres célestes ne servent pas seulement à marquer le jour et la nuit, le printemps et l'été, à indiquer aux laboureurs le temps des semailles et de la moisson. Les actions des hommes sont aussi une semence féconde répandue sur les champs obscurs de l'avenir, confiée avec espérance aux divinités fatales. Il faut donc connaître le temps de la semence, lire dans les étoiles l'heure propice, interroger les signes du ciel, afin de savoir si l'ennemi du succès et de la prospérité ne se cache point dans une retraite pour exercer sa nuisible influence. Laissez-moi donc du temps, et cependant faites de votre mieux. Je ne puis vous dire à présent ce que je veux faire, mais je ne céderai pas, non, je ne céderai pas, et ils ne me déposeront pas. Ainsi, réglez-vous là-dessus.

L'N 7AiET DE CHAMBRE entre. Messicurs les généraux.

WALLENSTEiN. Faites entrer.

TERZRY. Voulez-vous que lous les chefs soient admis?

WALLENSTEiN. Ccla n'cst pas nécessaire. Les deux Piccolomini, Marada, Buttler, Forgatsch, Déodati, CarafFa et Isolani peuvent entrer. {A Illo.) Avez- vous fait surveiller Questenberg? n'a-t-il parlé à personne en particulier?

.ILLO. Je l'ai observé avec soin. Il n'a vu personne qu'Octavio.

70 LES PlCCOLOiMlNI.

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