‹ ThéâtreChapitre 76 sur 286 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

T£RZRY. Vous f;iites là un bon échange. Ce ne sera pas un avare, un Ferdinand que vous servirez.

BUTTLER, gravement. Je ne vends pas ma fidélité, comte Terzky; il y a six mois, vous n'auriez pas obtenu ce que je vous offre maintenant volontairement. Je me donne donc au duc, moi et mon régiment, et cet exemple, je l'espère, ne sera pas sans conséquences.

ILLO. Qui ne sait que le colonel Bullierest le modèle de toute l'armée?

BiTTLER. Est-ce là votrc opinion, feld-maréclial? Eh bien ! je ne me repens pas de la fidélité que j'ai gardée pendant quarante ans, puisqu'à l'aide de cette bonne renommée si bien ménagée, je me procure à soixante une si complète vengeance. Ne vous choquez pas, messieurs, de mes discours. Peu vous im])orle de quelle manière vous m'attirez à vous : vous ne croirez pas vous-mêmes, je l'espère, que votre artifice trompe mon jugement, ni que la légèreté, la colère subite ou quelque motif frivole fasse dévier un vieillard du chemin de Thonneur qu'il a suivi pendant si longtemps. Venez, je n'en sui-^pas moins résolu, car je sais par quel motif je me détermine.

ILLO. Dites-nous franchement pour qui nous devons vous tenir.

BUTTLER. Pour uu ami. Voilà ma main, je suis à vous avec tout ce que je possède. Le prince n'a pas seulement besoin d'hommes, il lui faut de l'argent. Tout ce que j'ai acquis à son service, je le lui prête, et, s'il me survit, il sera mon héritier ; il y a longtemps que cela est ainsi réglé. Je suis seul au monde et ne connais pas les sentiments qui attachent un homme aune femme et à des enfants chéris; mon nom meurt avec moi, mon existence ne va pas plus loin.

ILLO. Votre argent n'est pas nécessaire : — un cœur comme le vôtre vaut des tonnes d'or et des millions. ■ BUTTLER. Je suis vcuu d'Irlande à Prague, pauvre valet d'un maître que j'enterrai. Du service de l'écurie,

le hasard de la guerre m'a porté jusqu'au rang élevé que j'occupe, jouet d'une fortune étrange ; Wallenstein est aussi l'enfant de la fortune, j'aime une route qui ressemble à la mienne.

iLLO. Il a y une parenté entre toutes les âmes fortes.

BUTTLER. Nous vivons dans une grande époque, favorable à ceux qui ont de la bravoure et de la résolution. Les villes et les châteaux passent en un instant de main en main comme une monnaie vulgaire. Les héritiers des plus anciennes maisons sont dépossédés ; de nouveaux noms surgissent avec de nouvelles armoiries, et un peuple du Nord essaye de s'approprier parla force la terre allemande. Le prince de Weimar se prépare à former sur le Mein une puissante principauté. Il n'a manqué à Mansfeld, à Halberstadt qu'une plus longue vie pour conquérir bravement par leur épée des domaines indépendants. Lequel d'entre eux s'élève jusqu'à notre Friedland ? Il n'est point de but si élevé auquellebravenepuisseappliquerréchellepouryarriver.

TERZKY. Voilà ce qui s'appelle parler en homme !

BUTTLER. Assurez-vous des Espagnols et des Italiens ; moi je me charge de l'Écossais Lessly. Allons rejoindre nos camarades, allons.

TERZKY. Où est le sommelier? Donne ce que tu as, les meilleurs vins ; l'occasion est importante, nos affaires vont bien. {Chacun retourne à sa table.)

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