SCÈNE I
>VALLENSTEIN, SENI.
WALLENSTEIN. G'est bien, Seni, descendez. Le jour se
12i LA MORT DE WALLENSTEIN.
lève, et cette heure est sous l'influence de Mars. Le moment n'est plus convenable pour opérer. Venez, nous en savons assez.
SENi. Que Votre Altesse me permette seulement d'observer encore Vénus. La voilà qui se lève et qui brille & l'orient comme un soleil.
WALLENSTEIN. Oui, elle est maintenant proche de la terre et agit de toute sa force. {Regardant les figures tracées sur la table.) Spectacle forluné ! Ainsi se dessine le grand triangle auquel est attachée une puissance mystérieuse. Ces deux astres bienfaisants, Jupiter et Vénus, renferment entre eux le perfide Mars, etforccnt l'antique artisan demalheurà me servir. Longtempsil m'a étéhostile, et, tantôt dansune positiondirecteetoblique, tantôt par l'aspect quadrate ou par le double reflet, il lançait ses rayons de feu sur mes asires et détruisait leur influence favorable. Maintenant ils ont vaincu mon ancien ennemi, et ils le tiennent prisonnier dans le ciel.
SENi. Et ces deux grands asires n'ont à redouter aucun maléfice. Saturne, incapable de nuire, touche à son déclin.
WALLENSTEIN. Le règuc de Saturne est passé. C'est lui qui préside à la connaissance des choses cachées dans le sein de la terre ou dans les profondeurs de l'âme. Il règne sur tout ce qui craint la lumière. Ce n'est plus le temps de réfléchir, et de méditer, car le brillant Jupiter domine et attire par sa puissance dans l'empire de la lumière les œuvres préparées dans l'obscurité. Maintenant, il faut agir à la hâte avant que ces signes de bonheur cessent de luire sur ma tête ; car il s'opère à la voûte du ciel des changements perpétuels. {On frappe à la porte.) On frappe ; voyez qui c'est.
TERZKY, au dehors. Ouvrez.
WALLENSTEIN. C'est Tcrzky. Qu'y a-t-il donc de si pressant ? Nous sommes occupés.
TERZK.Y. Mettez toutes les affaires de côté, je vous en prie ; ceci ne souffre aucun retard.