‹ ThéâtreChapitre 100 sur 244 · ACTE TROISIÈME . U · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME . U

GEORGES, numérotant.

Cinquante, cinquante-deux... Bon! où est le cinquaiàte et un?...

(Les cordes pincées de la guitare sonnent une à uue dans le vide..* Chacun est à sa pensée.)

ISABELLE, à elle-même.

Comme ils doivent se comprendre dans le silence!... <Haui.) C'est décidément une femme charmante que cette Odette.

GEORGES, continuant de numéroter.

Charmante I On est sûr de la trouver là, au moment où on en a besoin. Ah! c'est la vraie amie! Tamie des mauvaises heures... Cent vingt-deux, cent vingt-trois...

ISABELLE, à part.

Elle se met derrière moi, pour que je ne puisse pas la

voir. Il y a la glace, ma petite ! (Elle saisit nerveusement un miroir à portée de sa main.) Elle tOUSSC. Est-Ce bête !

Victor vaut mieux. (Comme personne ne répond, Georges lève la tête et contemple la scène. A part, entre les dents.) Bigre! Le sileUCC

est tendu. Il y aura de l'ora-a-ge! (Haut.) Je me demande si je dois laisser subsister cette phrase qui ne me paraît pas bien académique pour moi, mais si humaine, pourtant, si humaine !... (Dune voix grave et profonde.) Qui me dira pourquoi^ au ihénlre dans les silences solennels^ les acteurs boutonnent le dernier bouton de leur redingote?

(Et après avoir mesuré d'un nouveau coup d'œil la scène et les deux femmes immobiles, d'un geste large, il boutonne son veston, avec une joie féroce et solitaire.)

ISABELLE, tout à coup.

C'est charmant!

GEORGES

N'est-ce pas? (a part). Il y aura de l'ora-age!...

(Il referme an tiroir. La guitare égrène toujours ses notes fausses.)

136 i;e\ghantement

ISABELLE, k part.

Elle lui tend les lèvres! Oh! la petite rusée! la rusée! Elle lui envoie un baiser! Cela a Tair d'une petile grimace de rien du tout... (Un sourire effleure les lèvres de Georges^

qui relit une page.; Ah! il a souH ! Je suis ^blême ! ... C'esl alVreux... Elle se rapproche. Ah! mais ils se moquent de moi! Je vais le leur crier!... C'est trop, à la (in!... Je

suis là,pOUrtanl, je compte, j'existe... (Soudain, Haut, éclatant.)

(ieorgcs, embrasse-moi. (Georges, stupéfait, lève la lêie.) J'ai dit : Embrasse-moi!

(I^a petile n'a pas bougé. Elle regarde sa sœur avec une haine indicible. Puis, jette la guitare et s'enfuit, muette, claquant la porte.)

Page 1