ACTE QUATRIÈME
VOUS traîner de suite chez les Dessandes... Ma foi, je réserve le paquet à Isabelle!
PIERRE
Odette, rieu de grave, hein, j'espère?
MADAME BEIMAN
Rien, rien. . Comique, au fond... Elle vous expliquera.
Vous m'avez fait peur... Vos réticences sont exaspérantes, et vous êtes d'une discrétion bien peu israélite !
MADAME HEIMAN, Souriant.
Hein... votre prétexte de retour?...
PIERRE
Non, je vous jure... L'éternelle tentation du passé m'a fait obliquer la route, vous le voyez. Mais je n'ai pas le cœur d'Olympio. (Regardant la pièce.) Alors, c'est là?
MADAME HEIMAN
Oui, c'est là!... oui, c'est là, cet endroit délicieux... ce petit paradis!... la maison de la joie!...
."PIERRIS
N'est-ce pas ?... Je m'en doutais.
MADAME UEIMAN
Ah! ce qu'on s'amuse ici! vous ne vous en faites pas une idée... Et, en passant, je vous remercie, de tout cœur, de m'avoir ces gens-là... je m'en féliciterai toute ma vie !... Chaque jour est un jour de fête... de bamboche... A ce point que samedi, moi aussi, je boucle mes malles... et vais reprendre mes quartiers d'hiver au plus vite... Oh! Pierre, allendez-moi jusqu'à sais.
150 L'ENGHAINTEMENÏ
medi... partons ensemble... emmenez-moi à Londres!... Ce serait si gentil d'aller faire un petit peu la fête ensemble!...
PIERRE, nerveux.
Voyons, qu'y a-t-il, Odette, qu'y a-t-il, décidément? Ne plaisantez pas.
MADAME HEIMAN, lui prenant le bras.
Ecoutez, je crois que je ferai bien, tout de même, de vous mettre un peu au courant, sans quoi vous risquez de ne pas très bien comprendre !... Vous voyez ce point rouge là-bas... au bout de l'allée?
PIERRE
Oui, c'est une lanterne.
MADAME HEIMAN
Non, c'esl Georges qui fume son cigare. **•
PIERRE
Non, c'est une lanterne.
MADAME HEIMAN
Non, c'est Georges... Allons à sa rencontre. Et, ce faisant, je vais vous révéler les choses essentielles, pour que vous puissiez ensuite... voler de vos propres ailes.
PIERRE
Vite. Vous me faites mourir à petit feu...
(Ils sortent.) LA VOÎX DE MADAME HEIMAN
Et au tournant de l'allée, je vous quitte... oh! je vous jure bien que si... il faut d'abord que j'aille vous sortir des couvertures de laine...
(Les voix se perdent. La scène reste vide. De derrière le piano où elle était blottie et cachée, on voit surgir Jeannine. Elle est en petite camisole de nuit, les cheveux dans le dos. fille court vite à la porte par où viennent de partir Pierre et madame Ileiman.)