ACTE QUATRIÈME i
ISABELLE
(Elle est tombée près de la porte, sur la chaise qui se trouvait là. Lui, près de la table. Ils pleurent.)
•ISABELLE, s'essuj'ant les yeux.
Quand on m'a dit que c'était vous, j'ai reçu un coup au cœur. C'était à la fois trop cruel et trop bon... Ah! Pierre!... Pierre!
PIERRE
Qui m'eût dit que nous pleurerions ainsi, en nous revoyant!...
ISABELLE se rapproche de la table et de Pierre.
Mon amil... Regardez ce qu'on a fait de votre amie...
PIERRE
Non. Vous êtes toujours la même. (Isabelle, élevant la lumière à hauteur des 3'eux. Il la regarde en plein jour, timide.) Un peu
maigrie... un peu pâlie!
ISABELLE
Vous, vous avez bonne mine.
PIERRE
Ah! moi, vous savez, je... (Geste. Isabelle tout d'un coup lui saisit les deux mains, en le regardant dans les yeux. Pierre touché.)
Merci... merci!... Vous n'avez jamais été meilleure pour moi, dans toute votre vie !... (Un temps.) Et cependant, allez, je ne bénis pas les chagrins qui vous rendent plus compatissante.
ISABELLE
La petite m'a dit que vous étiez descendu chez Odette... c'est vrai?... Est-ce que vous avez tout ce qu'il vous faut, au moins?... Et dites?... ce retour?...
LIERRE
Oui, tout à l'heure... tout à l'heure, je vous dirai...
ça n'a pas d'importance!... Je vous en prie, ne troublez pas cette minute, laissez-moi tout au bonheur de vous
revoir... là... là... (Il s'assied etla contemple encore longuement un peu comme les peintres font en regardant un modèle, et il dit en secouant
la tête.) Mon pauvre amour!... Cela ne vous offense pas que je vous appelle ainsi?...
ISABELLE
Pierre I
J'emploie le mot amour, faute de mieux 1
ISABELLE
C'est déjà bien suffisant.
PIERRE
Ah! maintenant, vous avez fait l -apprentissage amer? Mais aussi... mais aussi!... Ah! si j'avais été là encore, mon amitié sûrement vous eût empêchée de commettre une sottise. Vous vous êtes lancée, à corps perdu, dans quelle aventure!... Oui, je sais, vous étiez en droit d'espérer mieux de leur part... mais la moindre expérience vuus eût avertie que vous courriez à un abîme... Enfin !
ISABELLE
Vous auriez eu, à ma place, le même mouvement généreux que moi...
PIERRE
Mais comme vous avez dû ne pas savoir vous y prendre!... (Souriant.) Et que de choses charmantes et stupides vous avez dû dire!...
ISABELLE
Si vous saviez, Pierre! Ah! comme ils m'ont trompée!
PIERRE
Je ne le défends pas. Je ne le juge même pas encore. Je vous prie seulement de savoir être indulgente.