ACTE QUATRIÈME
ISABELLE, qui est restée fixe pendant que Georges a parlé, subitement.
Écoute, Georges, en cette minute, à la sincérité de ta colère, de ton geste, d'un je ne sais quoi ne ment pas... je l'affirme, — et c'est solennel, cette fois, — cette preuve, ce baiser indéniable, cet affreux baiser, je peux le rayer de ma mémoire... lui donner, à la rigueur, une raison, un sens... (Appuyant sur les bras.) Juge de la puissance de ma foi ! A cet instant, si tu le veux, je te croirai, je m'y engage solennellement sur tout ce que j'ai de plus sacré... tu n'entendras plus, ni plainte, ni soupçon... si tu jures simplement, en cette minute, devant Pierre qui nous enteïid, et devant qui tu n'oseras pas mentir, que tu n'aimes pas Jeannine. Je te croirai !
GEORGES, a une hésitation, puis fermement.
Non, je ne jurerai pas cela.
ISABELLE, avec un cri de triomphe.
Ah !... tu vois bien... tu vois bien que tu l'aimes!...
GEORGES
Eh non, non, je ne peux pas et je ne ferai pas pareil serment! Assez de mots et d'hypocrisie!... En toute la sincérité de mon âme à moi, puis-je dire que je ne l'aime pas ou que je l'aime?... C'est cela que tu demandes? Tu veux que je te dise,,, que je te dise,., depuis des mois tu me harcèles! Tu veux que je te donne d'un mot l'explication de ce qu'il y a en nous de plus intraduisible. Qu'est-ce que tu appelles aimer ? Apprendsmoi d'abord où commence l'amour, où finit la pitié, je te répondrai ensuite ! Vous avez des distinctions admirables ! Mais sais-je, moi, de quel nom humain, vous autres, femmes, vous pouvez bien nommer le sentiment que j'éprouve, là, en ce moment, pour cette enfant? C'est peut-être de Tamour ! . . . c'est possible ! Je n'en sais rien, rien!... Nous vivons depuis deux mois dans une
i66 L'ENCHANTEMENT
atmosphère de petits mensonges, d'hypocrisie sentimentale. Assez! Il y a en nous, au-dessus de nous, la vérité profonde. Je ne sais si elle s'appelle amour, ou haine, pu pitié. Elle est comme elle est... Je me refuse à la profaner d'un serment inepte! Et non, mille fois non, je ne sais pas ce que vous appelez amour, de vos bouches de femmes !
ISABELLE
Vois mes yeux, ils te rapprendront.
GEORGES
Des mots!... Et je me révolte... Et cette fois ça va être ma revanche! Ah! mes gaillardes, il va falloir
marcher droit! (Respirant largement en se frappant la poitrine.)
Dieu de bon Dieu! ça fait du bien!... (ii arpente la pièce.) Je t'ai laissé le soin de nos existences jusqu'au bout... tu vois que j'ai tenu parole, complaisamment? je n'ai pas bronché... Voilà le résultat!... A mon tour, maintenant! (A Pierre.) Vcux-tu aller chercher Jeannine, s'il te plaît, Pierre, j'ai besoin qu'elle entende ce que je vais dire.