SCÈNE IV Les Mêmes, GEORGET
IRÈINE, battant des mains.
Qu'en dis-tu?
GEORGET
Épatant! c'est féerique!... et d'une couleur adorable...
' IRÈNE
J'ai fait arranger ça, ce matin, par l'électricien qui est venu poser les fils de la salle de bain... Tu vois, c'est très simple, des ampoules dans des fleurs.
GEORGET
Mais il fallait avoir le goût de l'assortiment.
IRÈNE
Voilà! Je n'ai rien à faire pendant que tu es à la casei*ne... il faut bien que je m'amuse... Et maintenant, mange! Tout à Theure tu n'aurais plus faim. Qu'est-ce que tu guignais?
GEORGET, s'approchant de la table et montrant un fruit.
Ça. (Puis désignant du doigt la gorge d'Irène entr'ouverte sous le voile.) Et ça...
IRÈNE, lui servant le fruit.
Prends. (Puis elle s'approche de lui le cou levé.) Et prends. (Il l'embrasse sur un coin de chair rose.
GËOHGËT, après s'être assis à la table.
Ah! qu'il fait bon d'être chez soi, tout de même! Je me sens une âme bourgeoise que mon pays, hélas, ne sait pas apprécier.
IRÈNE
Oui... Qu'on est heureux, dis? Je ne rêvais pas
un tel bonheur. (Tout à coup effrayée de ce qu'elle a dit.) Mon
Dieu, touche du bois, vite !
GEORGET
Le pied de la table?... C'est bon tout de même?...
TRÉNE
Tiens, pourquoi pas!
GEORGET
Alors, tu ne te fiches plus de ton pauvre bleu?
IKÈiNE
J'ado/e le bleu.
GEORGET
Terrible! Qu'est-ce qui te rend si bête?...
IRÈNE
L'amour! le pauvre, absurde et doux amour!... Ah! l'heure adorable, chéri! Je les goûte en avare, ces heures... Je les respire comme des pêches... Voilà notre soir, noire beau soir qui monte, qui entre par les fenêtres... Le coucher du soleil arrive en même temps que toi, tous les jours; c'est un phénomène naturel dont il me semble que je ne pourrai plus jamais me passer, quand tu auras fini ton service et qu'il nous faudra quitter mon paradis potager et ma colline et tout ce que je lui laisserai !...
GEORGET
Rien ne nous obligera à nous en aller, d'ailleurs...