‹ ThéâtreChapitre 206 sur 244 · SCÈNE IV Les Mêmes, GEORGET · texte numérisé non relu

SCÈNE IV Les Mêmes, GEORGET

IRÈINE, battant des mains.

Qu'en dis-tu?

GEORGET

Épatant! c'est féerique!... et d'une couleur adorable...

' IRÈNE

J'ai fait arranger ça, ce matin, par l'électricien qui est venu poser les fils de la salle de bain... Tu vois, c'est très simple, des ampoules dans des fleurs.

GEORGET

Mais il fallait avoir le goût de l'assortiment.

IRÈNE

Voilà! Je n'ai rien à faire pendant que tu es à la casei*ne... il faut bien que je m'amuse... Et maintenant, mange! Tout à Theure tu n'aurais plus faim. Qu'est-ce que tu guignais?

GEORGET, s'approchant de la table et montrant un fruit.

Ça. (Puis désignant du doigt la gorge d'Irène entr'ouverte sous le voile.) Et ça...

IRÈNE, lui servant le fruit.

Prends. (Puis elle s'approche de lui le cou levé.) Et prends. (Il l'embrasse sur un coin de chair rose.

GËOHGËT, après s'être assis à la table.

Ah! qu'il fait bon d'être chez soi, tout de même! Je me sens une âme bourgeoise que mon pays, hélas, ne sait pas apprécier.

IRÈNE

Oui... Qu'on est heureux, dis? Je ne rêvais pas

un tel bonheur. (Tout à coup effrayée de ce qu'elle a dit.) Mon

Dieu, touche du bois, vite !

GEORGET

Le pied de la table?... C'est bon tout de même?...

TRÉNE

Tiens, pourquoi pas!

GEORGET

Alors, tu ne te fiches plus de ton pauvre bleu?

IKÈiNE

J'ado/e le bleu.

GEORGET

Terrible! Qu'est-ce qui te rend si bête?...

IRÈNE

L'amour! le pauvre, absurde et doux amour!... Ah! l'heure adorable, chéri! Je les goûte en avare, ces heures... Je les respire comme des pêches... Voilà notre soir, noire beau soir qui monte, qui entre par les fenêtres... Le coucher du soleil arrive en même temps que toi, tous les jours; c'est un phénomène naturel dont il me semble que je ne pourrai plus jamais me passer, quand tu auras fini ton service et qu'il nous faudra quitter mon paradis potager et ma colline et tout ce que je lui laisserai !...

GEORGET

Rien ne nous obligera à nous en aller, d'ailleurs...

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