‹ ThéâtreChapitre 209 sur 244 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

bien, cher chéri. Je suis même très heureuse qu'elles viennent ce soir, nos voisines, car elles vont venir, tu sais, pour... la machine, là...

(Elle montre le ciel.)

Je sais. On ne m'a accordé la permission de minuit iqu'en faveur de cet événement.

IRÈNE

C'est curieux, une éclipse? Je ti'en ai jamais vue. Ça m'impressionne...

GEORGET

Il faut avoir vu ça. Puis, c'est une distraction.

LOUIS A, entrant par le jardin.

Madame, voilà madame Ledoux qui arrive à la grille.

GEORGET

ZutI

IRÈNE

Pourquoi?

GEORGET

Cette vieille roulure m'insupporte...

IRÈNE

Georges!

GEORGET

Vrai, je ne comprends pas cette relation... ni ton intimité avec un laissé pour compte pareil!...

IRÈNE

Dame! je ne peux plus recevoir de princesses maintenant... que celles qui ont épousé leur chauffeur. J'aime mieux madame Ledoux. Elle est très bien; c'est une philanthrope; elle a admirablement monté — et avec son seul argent — cette fabrique de tapis orientaux pour rapprendre aux petits arabes leur art et leur industrie... C'est très louable, et très artiste.

GKORGET

Ce qu'elle a turbiné ! On m'a raconté sa vie. . . quelqu'un qui Ta connue... Elle en a fait des frasques, dans son temps! Elle a été la maîtresse du prince Grimaldi, paraît-il, à qui elle doit sa fortune; elle a été célèbre dans la diplomatie à Vienne, et c'est un peintre, avec lequel elle était venue ici, qui lui a laissé le goût des arts... Le nom bien calme et bien sage de Ledoux, qu'elle honore, ne Ta pas protégée contre les orages de son tempérament. C'est un admirable échantillon.

IRÈNE) assise et lançant au loin une bouffée de cigarette.

Pasbienrare, va, maGetle !... Dans tous les faubourgs élégants des grandes villes cosmopolites, sur toutes les hauteurs des beaux points de vue, il y a de ces vieilles-là. On en rencontre toujours. Ce sont des ruines errantes qui ont voulu bâtir leur dernier refuge sur un beau site autrefois admiré en passant, dans les époques de joie... Elles s'en souviennent et alors elles y viennent mourir. Il yen a comme cela en Suisse, en Algérie, ailleurs... C'est toujours sur un coteau où il y a des villas et un joli cimetière... Madame Ledoux m'est infiniment sympathique.

(Elle sourit, rêveusement, en regardant une volute do fumôe qui s'en va vers la fenêtre.)

Page 1