ACTE TROISIEME
GEORGET
C'est vrai pourtant
IRÈNE, le berçant.
Là...
GEORGET
Comme il fait chaud le soir! Nous aurons un mois d'août terrible dans ce pays...
IRÈNE, comptant mélancoliquement sur ses doigts.
Mai... Juin... Juillet...
GEORGET
Aussi l'hiver prochain nous irons...
IRÈNE, l'interrompant.
Oui, oui, Thiver prochain nous irons où tu voudras... Dors, ma Getle, dors... Il y a une toute petite brise et des étoiles... Encore une de nos belles journées monotones qui est finie!... Dors. Tu es bien là... un aboiement de chien... une chanson, dans un café d'Alger, arrive jusqu'ici... Sur la mer, là-bas, la lueur d'un paquebot qui s'en retourne...
GEORGET, les yeux fermés, la voix déjà lointaine.
J'ai déjà fait cette remarque. Tu dis toujours de tous les bateaux : « Ils s'en retournent »... Pourquoi?... il y en a qui partent, aussi bien...
IRÈNE
C'est vrai, c'est absurde!... Chut !... Laisse mes lèvres sur ton front... ne parlons plus... Laisse mes lèvres...
(Ils restent ainsi un grand moment, lui, étendu sur le divan, elle à ses côtés, et la bouche collée à son front. Peu à peu on entend sa respiration plus forte. Il s'est endormi... Tout à coup, au loin, un chant de violon.)
Tiens! leviolon...C'estpourlui qu'elle joue sûrement...
318 MAMA i COLIBRI
et il ne l'entend pas... il s'est endormi... Son bon sommeil de vingt ans a été plus fort que tout!...
(Elle le contemple, un sourire triste aux lèvres. Il dort, calme, la bouche entr'ouverte . Et le violon de miss Deacon joue toujours, au fond du jardin, derrière les orangers, un nocturne de Chopin, poncif et passionné La lune monte... Des étoiles bougent...
Alors Irène, lentement, sans bruit, se lève. Elle va se placer sous la lumière d'une lampe... Du livre où elle l'avait cachée elle sort la lettre que tout à l'heure el!e avait montrée à madame Ledouz; elle en ôte l'enveloppe. Elle pleure.)
IRÈNE, lisant.
Adieu^ mon enfant... Que la vie te soit belle et heureuse!... Je t'ai écrit cela pendant que f en avais encore la force.., Adieu^ ma lumière, adieu mon grand amour. Oh! que le bonheur f accompagne, chaque jour plus pur, comme f aurais voulu V accompagner moi-même... long^ temps!... Vois'tu, il vaut mieux que je sois partie,,. Seulement, mon enfant, mon pauvre petiot... que je ne verrai plus jamais. . . lorsque, plus tard. .. tu te rappelleras Colibri... lorsque,.,
(Et elle continue, ainsi, de lire, durant qu'il dort, et que le violon chante, chante, dans le silence, là-bas, derrière les orangers, son air poncif et passionn5.)
RIDEAU