ACTE PREMIER
ISABELLE
Allons, souriez; vous voyez bien que j'ai la force de sourire, moi. Levez la tête. Je comprends votre peine ; mais ne vous attristez plus de moi, Georges! Il fallait bien payer un bonheur trop facile.
GEORGES
C'est cher !
ISABELLE
Oui, mais lorsque nous nous retrouverons après, seuls ^ et fiers, avec notre amour?
GEORGES, se lève et résume la situation avec effondrement.
Alors quoi? nous parlons toujours à Saint-Meilhan, et elle nous suivra?
ISABELLE, ferme.
Demain !
GEORGES, bêtement accablé.
Mon Dieu!... mon Dieul... qui aurait pu prévoir... il n'y a qu'un instant?
C'est un tort ; nous aurions dû prévoir.
(Georges est debout, Isabelle va comme pour l'embrasser, mais elle lui prend la tête entre les mains et le regarde longuement dans les yeux.)
GEORGES
Pourquoi me regardez-vous ainsi?
ISABELLE
Je cherche. Je m'habitue à l'idée que c'est vous qu'elle aime... vous... toi... qu'elle t'aime, à en vouloir mourir... Ahl quel est donc ce mal mystérieux et terrible, et pourquoi faut-il qu'il choisisse toujours les épaules les plus faibles I
(La porte du hall s'ouvre à cet instant.)
GEORGES
Tenez!
Ma petite...
ISABELLE
(Jeannine est presque portée par madame Heiman et monsieur Barguier. On la dépose sans bruit sur un canapé. Elle est d«^corsetée, elle a ses petites mains baguées sur la figure et se cache dans le dossier du canapé. Discrètement madame Heiman et monsieur Barguier se retirent au fond, Georges reste à distance aussi. Silence. Isabelle s'approche doucement.)