ACTE DEUXIEME
rien!... Et cela, c'est mal de sa part, je crois avoir le droit de le dire! * ^
MADAME nElMAN, poussant sa. chaise,
Mais racontez; je ne suis au courant^de rien, moi !
ISABELLE
Sans quoi, je ne sais que trop la lâche terrible que j'ai assumée î... Oh! ces premiers jours! Je les prévoyais, mais rien ne peut vous en donner une idée! Nous avons fait tout ce que nous avons pu... Nous ne nous quittions pas tous les trois, j'évitais de me trouver seule avec Georges. Je voyais tellement ses pauvres regards navrés dès que nous élions obligés de la quitter!... Je devinais tellement ce qui se passait en elle!... Mais quoi? il fallait bien nous séparer, ne fût-ce que... pour la nuit... Oh! ces promiscuités inévitables! Cette espèce de honte continuelle! l'inévitable détail de Tintimlté. auquel il a fallu descendre! Ah! elle eût été autre, cette petite, mais comme on me Ta changée! Vous ne pouvez vous douter de son insistance froide et silencieuse... cet œil qui voit tout, devine, cherche à percer, va au-devant des pensées... Et cela avec, je puis dire, une impudeur, un soudain cynisme, une sorte de fièvre froide extraordinaire!... Nous avojns placé naturellement nos trois chambres à des paliers différents... mais que de nuits, je peux vous le confier, où j'ai entendu son petit pas nu monter furtivement l'escalier î... que de nuits où j*ai senti son haleine anxieuse derrière la porte!... Elle épiait... puis je Tentendais descendre ; alors mon cœur se remetlait à battre... Oh! ces lendemains, où je la voyais toute pâle, avec des cernures, et déjà vieillie par la mauvais'e anxiété ! Partout, dès que nous nous trouvons ensemble, Georges et moi, elle nous traque. On ouvre une porte... crac... elle est là, derrière, droite, les lèvres pincées. Elle vaus regarde, puis passe comme
une ombre. Elle fait des irruptions brusques; sa petite tête les prépare, les calcule toute la journée. Oh! le reproche perpétuel de son attitude I Et j'ai tenté tout, toutes les paroles, toutes les tendresses 1 J'ai essayé toutes les conversations, à trois, à deux, sur son amour; j'en ai ri .. j'en ai pleuré... Rien. Rien ne peut la feire sortir de ce silence. Elle me revient d'ailleurs... d'autre part... d'une autre vie... où elle a laissé la mémoire et le passé... Des mots de haine parfois lui échappent; elle n'a plus que cela à mon service, de la haine I
MADAME HEIMAN
Oh ! de la haine ! à coup sûr, vous exagérez!
ISABELLE
Non, je ne m'illusionne pas, allez! Elle me hait. Ah! ma tâche ne sera guère facile! Enfin, tout cela n'est pas à raconter...
MADAME UEIMAN
Vous êtes du moins certaine qu'elle a renoncé à ses idées noires?
ISABELLE
Rien moins que certaine! Allez savoir avec un pareil mutisme ! Je vis dans des transes perpétuelles. Je l'épie comme je peux; je la fais surveiller jusque dans sa chambre par les domestiques... Vous devinez aisément toute notre vie!
MADAME UEIMAN
Et Georges au milieu de tout cela?
ISABELLE
Georges? Parfait, parfait! Il est très correct.
MADAME UEIMAN
Car lui aussi a sa bonne part d'ennuis... et che^ un concentré comme lui...