MADAME HETMAN
Oui, ils implorent... ils ont la fièvre...
ISABELLE
Je suis toute novice, vous comprenez... vous comprenez, je paie double, probablement, moi,., je ne savais pas !
MADAME HEIMAN
Vous n'étiez pas femme. Dites tout franchement à Georges... expliquez- vous.
ISABELLE
lis se cacheront mieux, voilà ce que j'y gagnerai.
MADAME HEIMAN
Ah! vous êtes déjà bien subtile, Isabelle.
ISABELLE
Non non! ne rien lui djre, au contraire... et je compte, ma petite Odette, sur voire silence absolu...
Rien de ce que j'avoue ici, ne doit arriver jusqu'à Georges. ..Il faut me le jurer.
MADAME HEIMAN
Oh! ce sera absolument comme vous voudrez, je le jure!... Mon dieul dans quelle équipée vous êtesvous lancée!... Si elle débute ainsi! Il faut l'arrêter de suite... Eloignez Jeannine. Donnez-la moi pour un temps.
ISABELLE
Jeannine?... Vous êtes folle!... Vous vous mettriez à mille que vous ne m'en sépareriez pas!... Je ne pourrais plus vivre un jour!... Jeannine!... Mais qu'elle ne sache jamais, jamais, quoi qu'il advienne, ce qui se passe en moi!... Elle ne peut être, en aucun cas, responsable de ma souffrance à moi... Elle est la dernière au monde qui doive la comprendre! et quand je mourrais de chagrin, qu'aucun soupçon ne s'élève en elle, grand dieu!... J'ai juré à la mémoire de notre mère que je rendrais cette petite âme à la vie, et je tiendrai parole! Un scrupule, une impatience, elle recommencerait demain'... oui, oui... car elle n'a pas abandonné son sinistre projet, j'en suis sûr... c'est là, dans ses yeux, ridée rwe.,. Je ne peux pas lui dire un mol, un seul mot... Voilà l'horreur!... Songez à cette chose épouvantable!... vingt fois le jour, une angoisse se glisse entre elle et mon regard! Mais, chose atroce, entendez-vous? elle joue, même de son suicide! Elle a des manières furlives... des façons de sortir brusquement... ah! j'étouffe parfois de terreur!... Il y a maintenant le chantage de la mort...
MADAME IIELMAN i
C'est impossible... elle vous haïrait !
ISABELLE
Depuis le jour où je Tai sauvée, elle me hait... Oh! le
reproche de ses yeux^ de ses pauvres yeux de chien blessé, qui me disent toute la journée : Sœurette!... Sœureltel... qu'as-tu fait?... Ah! oui, qu'ai-je fait?
(Elle pleure.) MADAME UEIMAN
Allons, ne vous désolez pas... Venez» nous parlerons de tout cela dehors... la voiture nous attend-
ISABELLE, machinale, Oui, la voiture nous attend... (A la bonne qui est entrée.)
Augostine, vous arrangerez tout ici... Faites marcher le feu pour quand je rentrerai... on gèle.
LA BONNE
Bien, madame... Madame met son manteau? Il fera froid tout à Theure.
MADAME BEIMAN
Oui, couvrez-vous bien.
ISABELLE
Merci, je suis prèle,
MADAME HEIMAN
Allons, venez.
ISABELLE
Ahî mon Dieu, mon Dieu !... Passez, je vous en prie.
' (Elles sortent.) (lia bonne arrange le feu, puis elle allume une grande lampe à pied, derrière le canapé, qui ae troaye auprès de 1« cheminée.)