‹ ThéâtreChapitre 74 sur 244 · MADAME HETMAN · texte numérisé non relu

MADAME HETMAN

Oui, ils implorent... ils ont la fièvre...

ISABELLE

Je suis toute novice, vous comprenez... vous comprenez, je paie double, probablement, moi,., je ne savais pas !

MADAME HEIMAN

Vous n'étiez pas femme. Dites tout franchement à Georges... expliquez- vous.

ISABELLE

lis se cacheront mieux, voilà ce que j'y gagnerai.

MADAME HEIMAN

Ah! vous êtes déjà bien subtile, Isabelle.

ISABELLE

Non non! ne rien lui djre, au contraire... et je compte, ma petite Odette, sur voire silence absolu...

Rien de ce que j'avoue ici, ne doit arriver jusqu'à Georges. ..Il faut me le jurer.

MADAME HEIMAN

Oh! ce sera absolument comme vous voudrez, je le jure!... Mon dieul dans quelle équipée vous êtesvous lancée!... Si elle débute ainsi! Il faut l'arrêter de suite... Eloignez Jeannine. Donnez-la moi pour un temps.

ISABELLE

Jeannine?... Vous êtes folle!... Vous vous mettriez à mille que vous ne m'en sépareriez pas!... Je ne pourrais plus vivre un jour!... Jeannine!... Mais qu'elle ne sache jamais, jamais, quoi qu'il advienne, ce qui se passe en moi!... Elle ne peut être, en aucun cas, responsable de ma souffrance à moi... Elle est la dernière au monde qui doive la comprendre! et quand je mourrais de chagrin, qu'aucun soupçon ne s'élève en elle, grand dieu!... J'ai juré à la mémoire de notre mère que je rendrais cette petite âme à la vie, et je tiendrai parole! Un scrupule, une impatience, elle recommencerait demain'... oui, oui... car elle n'a pas abandonné son sinistre projet, j'en suis sûr... c'est là, dans ses yeux, ridée rwe.,. Je ne peux pas lui dire un mol, un seul mot... Voilà l'horreur!... Songez à cette chose épouvantable!... vingt fois le jour, une angoisse se glisse entre elle et mon regard! Mais, chose atroce, entendez-vous? elle joue, même de son suicide! Elle a des manières furlives... des façons de sortir brusquement... ah! j'étouffe parfois de terreur!... Il y a maintenant le chantage de la mort...

MADAME IIELMAN i

C'est impossible... elle vous haïrait !

ISABELLE

Depuis le jour où je Tai sauvée, elle me hait... Oh! le

reproche de ses yeux^ de ses pauvres yeux de chien blessé, qui me disent toute la journée : Sœurette!... Sœureltel... qu'as-tu fait?... Ah! oui, qu'ai-je fait?

(Elle pleure.) MADAME UEIMAN

Allons, ne vous désolez pas... Venez» nous parlerons de tout cela dehors... la voiture nous attend-

ISABELLE, machinale, Oui, la voiture nous attend... (A la bonne qui est entrée.)

Augostine, vous arrangerez tout ici... Faites marcher le feu pour quand je rentrerai... on gèle.

LA BONNE

Bien, madame... Madame met son manteau? Il fera froid tout à Theure.

MADAME BEIMAN

Oui, couvrez-vous bien.

ISABELLE

Merci, je suis prèle,

MADAME HEIMAN

Allons, venez.

ISABELLE

Ahî mon Dieu, mon Dieu !... Passez, je vous en prie.

' (Elles sortent.) (lia bonne arrange le feu, puis elle allume une grande lampe à pied, derrière le canapé, qui ae troaye auprès de 1« cheminée.)

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