SCÈNE XVI
ment pouvais-je deviner ça? mais on aurait dit la brebis du bon Lieu 1 Ah ! monsieur Lecoincheux ! quand on a de pareils hommes dans le pays , on devrait les marquer à la figure.
LECOINCHEUX.
Avez-vous eu quelque commerce de familiarité avec lui ?
ANGÉLIQUE
Il n’a pas seulement fait mine de m’en conter, le scélérat 1 et c'est joliment heureux! car j’avais tant de confiance en lui!...
LECOINCHEUX.
C’est bien.
ANGÉLIQUE
Ah! cjétait Corbillon! c’est donc ça qu’il prenait des impatiences quand je l’appelais M. Philippe Roquet.
LECOINCHEUX.
Philippe Roquet est le pseudonyme qu’il s’était donné.
ANGÉLIQUE
Oui, monsieur. Et moi qui lui ai fait lire son crime dans Y Écho de Quévilly.
De quel front a-t-il abordé la lecture du journal?
L’ASSASSIN
ANGÉLIQUE
Lui? i a ri comme un lâche en lisant la mort du pauvre artiste, et je crois même, Dieu me pardonne , qu’il a crié vive Corbillon !
LECOINCHEUX.
N’amplifiez aucun détail, mais dites-moi ce que vous savez. La justice vous tiendra compte du repentir.
ANGÉLIQUE
Je sais que c’est un gueux, un hypocrite, un scélérat, un vampire, et qu’il faut lui couper le cou, monsieur le procureur du roi. Voilà tout ce que je sais. Et quand je lui ai dit, par manière de conversation , qu'il y avait des gendarmes plein le pays, il a répondu : « Qu'est-ce qye ça me fait ? » Faut-il être endurci ! Mais , par exemple , v’ià que ça me revient : quand j’ai parlé de m’sieu le procureur du roi, il a cassé une tasse! C’était la peur! Et puis il m’a dit qu’avec une femme comme moi, il n’en ferait qu’une bouchée. Ah ! encore une chose. Quand il a vu M. le procureur du roi dans le jardin, il a dit : « J’en mourrai ! »
LECOINCHEUX.
11 l’a dit! eh bien! il a dit vrai. Écoutez, Angélique! (Il va ouvrir la fenêtre.)