‹ Théâtre impossibleChapitre 163 sur 201 · SCÈNE XVI · texte numérisé non relu

SCÈNE XVI

contre une armée si l’on voulait t’arracher de mes bras !

LA PRINCESSE

Que vous êtes bon de m’aimer avec tant de violence ! Je ne sais pas ce qui a pu vous mettre en courroux, mais j’aime cette généreuse colère qui fait monter le sang à votre visage. Vous n’êtes plus le même homme qu’hier au soir.

LE PRINCE

C’est qu’on grandit vite, dans notre condition. Un enfant de sang royal devient homme en un jour si quelque événement inattendu le jette sur le trône. Pour moi, ce n’est pas une couronne qu’on m’a donné à garder (lui prenant les deux mains), mais un bien très-cher et très-précieux, et je sens que pour le défendre, je suis un homme !

la princesse, le regardant avec admiration.

Dieu me pardonne ! On dirait que vous avez grandi. Votre figure est plus mâle que je ne pensais. Ne me regardez pas ainsi, ou je vais avoir peur de vous !

LE PRINCE

Jure-moi que tu n’étais pas d’accord avec lui !

LA PRINCESSE

Avec qui, bonté divine?

L’ÉDUCATION D’UN PRINCE

LE PRINCE

Avec mon rival !

LA PRINCESSE

Vous avez un rival? Où donc, cher prince? Ce n’est pas dans mon cœur, assurément.

LE PRINCE

Oui, je lis ton innocence dans tes yeux. Tu es la plus pure et la plus candide des créatures. Ce n’est pas ta faute si un audacieux.... Mais ne crains rien ! J’empêcherai que tu ne sois à lui.

Et à quel autre que vous, grand Dieu! pourrai-je bien être? Quand je ne serais pas votre femme, mon cher prince Léopold, je ne trouverais pas un seul cavalier aussi aimable que vous.

LE PRINCE

Seul, je m’enivrerai de ton amour, de les baisers, de tes caresses. Nul autre que moi ne dénouera tes longs cheveux pour y plonger ses mains frémissantes. Le jour, la nuit, partout, nous vivrons comme un seul corps et une seule âme. Nous serons deux, comme dit la chanson; non, nous ne serons qu’un; ou plutôt non, nous serons trois ! Tu ouvres tes grands yeux étonnés et il te semble que j’ai perdu la raison! C’est

Page 1