ACTE I, SCÈNE I
gnez. Peste ! si vous n’en voulez pas pour vous, vous n’en dégoûtez pas les autres.
GUILLE METTE
Si vous aviez un amoureux, voisine, vous sauriez qu’on a beau haïr ces ôtres-là, on n’aime pas à entendre du mal.
ISABEAU
Et qui vous dit que je n’en aie point?
GUILLEMETTE
Vous, voisine?
ISABEAU
Suis-je donc si déchirée ? Mais il y perdra son
latin. .
GUILLEMETTE
Il sait du latin?
Prodigieusement. C’est un jeune homme doux, sérieux et de bonnes manières; bien timide, bien modeste, bien tremblant, et candide comme une fille à marier.
GUILLEMETTE
Arrêtez ! l’eau m’en vient à la bouche.
ISABEAU
Que serait-ce donc si je vous lisais une lettre que j’ai là?
GUILLEMETTE
Ah ! il ose écrire ! C’est à moi qu’on écrit des
GU1LLERY.
lettres passionnées. Ah! voisine, amour emporté, hardiesse aveugle : un soldat qui court au feu!...
ISABEAU
Voici la lettre d’un garçon qui mourra d’amour avant un mois, si je n’y mets bon ordre, et malheureusement je suis trop honnête femme pour lui sauver la vie.
GUILLEMETTE
Voici le radotage du plus étrange fou qui ait perdu ses peines auprès d’une femme de bien. isabeau et guillemette, ensemble , lisant.
« Je vous aime, et votre cœur.... »
GUILLEMETTE
Elles commencent de même ! Est-ce qu’il y a un uniforme pour ces billets-là?
ISABEAU
Eh ! petite, toutes les lettres d’amour se ressemblent un peu, comme tous les amants.
GUILLEMETTE
Qu’en savez-vous ?
ISABEAU
C’est mon mari qui me l’a dit. (Elle lit.) « Je vous aime, et votre cœur se fait un jeu de ma peine.... » • GUILLEMETTE, lisant.
a Je vou aime, et votre cœur me rend amour