‹ Théâtre inéditChapitre 175 sur 246 · LE DUC, MAX · texte numérisé non relu

LE DUC, MAX

LE DUC

Qu'avez-vous fait ?

MAX

J'ai dit à M"'' de Savenay que je ne pouvais être son mari.

LE DUC

Vous avez osé?...

260 NOËL

MAX

Il y a une jeune fille que j'aime.

LE DCC

Vraiment? — Plus noble sans doute et plus riche que M"*' de Savenay?

MAX

Sa mère était de famille noble, son père, non. Relativement à M"« de Savenay, elle est pauvre.

LE DUC

Et c'est pour cette mendiante !...

MAX

Ce n'est pas une mendiante.

LE DUC

Vous allez écrire, tout de suite, au comte de Savenay que vous avez eu un moment d'oubli de vousmême, un accès de démence, que vous ne vous expliquez pas ce que vous avez dit à sa fille, que vous passerez votre vie à faire qu'elle l'oublie.

MAX

Elle est trop fière pour l'oublier.

LE DCC

Malheur à toi si elle ne l'oublie pas! Écrivez.

MAX

Je ne puis écrire le contraire de la vérité.

LE DUC

C'est-à-dire que vous persisteriez... — Tenez, je veux bien vous avertir. Ce mariage est nécessaire.

J'ai besoin que le duc soit mon allié, vous le feriez mon ennemi. Je vous conseille d'écrire.

MAX

Je mentirais.

LE DUC

Ah! est-ce que vous me résisteriez, vous! vous! vous!

MAX

Mon père!...

LE DUC

Savez-vous l'autorité que la loi donne aux pères?

MAX

Elle serait terrible sans la tendresse que leur donne le sang.

LE DUC

C'e-t là ce qui vous rassure?

MAX

Oui. J'aurais dû vous parler plus tôt. J'ai essayé plusieurs fois. Mais depuis quelque temps vous n'êtes plus le même pour moi. Depuis le jour où vous êtes venu me chercher à Chabris. Autrefois vous m'étiez indulgent et affectueux; maintenant vous m'êtes sévère et dur; il y a des moments où je crains presque que vous ne me haïssiez. C'est égal, j'aurais dû vous parler. J'ai eu tort. Pardonnez-moi. Et pardonnez-moi le sentiment que j'ai au cœur. J'avais plus besoin d'affection qu'un autre. Sans mère, je ne dis pas sans père, mais je vous voyais si rarement ; j'avais un camarade, il est mort...

LE DCC

Tu mens, il a été assassiné!

MAX

Pourquoi me parlez-vous de ce ton?

LE DUC

Prenez garde que je ne vous le dise !

MAX

Mon père, qu'avez-vous contre moi?

LE DUC

Oui, il est mort, lui. II est sous la terre. Et vous, vous vivez, vous brillez au soleil, vous êtes mon fils, vous hériterez de moi, vous portez mon nom, et vous ne m'appartiendriez pas, et vous me désobéiriez, et vous me détruiriez, et, au lieu de travailler à ma fortune, vous la feriez crouler ! Vous traîneriez mon nom aux genoux d'une fille de rien! Vous mettriez mon avenir sous le ta'on d'une aventurière! Sachez, monsieur le marquis, que cela ne sera pas Écoutez. Si vous ne m'obéissez pas, si vous hésitez seulement, si vous n'êtes pas aveuglément et servilement ce que je veux que vous soyez, je vous plains. Écrivez-vous?

Mon père...

Écrivez-vous?

Je ne puis.

LE DUC

LE DUC

C'est bien. Ne vous en prenez qu'à vous-même de ce que je vais être pour vous.

MAX

Ah! vous serez mon père!

LE DUC

Comme vous êtes mon fils.

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