ACTE PREMIER
Que VOUS n'ayez pas même attendu jusqu'au jour Pour venir arracher Henri de cette Tour...
LA FOULE
Vive Henri !
LE COMTE
C'est le nom qui vient à la pensée Le premier. Mais serait-ce une chose sensée, Quand dans un nom le sort d'un peuple est contenu De nous abandonner au premier nom venu?
MONTAGUE, à pari.
Que dit-il?
LE DOC JEAN
Comment!
LE COMTE
L'heure est grave. Sans vergogne Edouard contre nous implore la Bourgogne; Le duc Charles nous hait d'être amis du Français; Nous allons être en butte à de brusques essais De retour; nous serons exposés aux descentes Sur les points mal gardés. Pour les rendre impuissante^ n faut un roi viril et prompt aux coups hardis. Henri le sera-t-il? A Saint-Albans, tandis Que Tex-reine, agitant fièrement son épée, Poussait son noir cheval sur la terre trempée Et, femme, aux tas de morts heurtait son étrier, Il était à genoux dans sa tente à prier. Que nous faut-il? un camp ou bien une chapelle? Quand de partout déjà la guerre nous appelle,
42 FORMOSA
Devons-nous prendre un chef à la messe aguerri? Le palais à ce moine? un cloître!
LA FODLE.
A bas Henri!
M ONT A GUE
Mais je rêve !
LE DUC JEAN
Où veut-il en venir?
Qui sera-ce, Si ce n'est pas Henri? Sans sortir de sa race, Le duc Jean pourra bien revendiquer ses droits. Il remonte au premier des fils d'Édouard-trois, Et vous savez qu'Henri ne vient que du troisième.
LE DUC JEAN
Ah çà!...
LE COMTE
Ce n'est pas lui qu'on voit, débile et blême. Se cacher dans sa tente, armé d'un chapelet. L'horrible tourbillon des batailles lui plaît; Ses mains quand on se bat ne restent pas muettes, Et l'éclair de sa lame a lui dans nos tempêtes! Tous nos périls auraient ce rude compagnon, Et, Jean de notre bord, le prince bourguignon Réfléchirait avant de nous être contraire, Ou serait bien nommé Charles le Téméraire!
LA FOULE
Vive Jean!