ACTE I, SCENE II
De toujours aimer ,
De toujours charnier L’objet qui m’engage ;
Dans un bon ménage ,
De passer mes jours Avec les amours ,
La douce gaîté Et la liberté !
VERMEILLE
Ah ! te voilà, Lubin ! Je pense au mariage Qui doit bientôt m’unir à toi.
LUBIN
Tu dis toujours b i en tôt, ma Vermeille ; j’enrage Ne m’as-tu pas donné ta foi ?
Orpheline à vingt ans , maîtresse de toi-même , Pourquoi ne pas en profiter ?
Quand une fille a dit , o u i , j’a imi,
Un oui de plus ne doit pas lui coûter.
VERMEILLE
Je suis de ton avis ; mais l’ordre de ma mere Nous a prescrit de ne rien faire Sans consulter la fée : il faut suivre ses loix.
Tu sais que cette fée , aussi bonne que sage ,
Prit soin de nous dès notre premier âge;
Elle nous a redit cent fois :
Mes filles , mon bonheur nedépend que du vôtre: « J’accomplirai toujours votre moindre souhait ;
« Et le prix de chaque bienfait es Sera l’engagement d’en recevoir un autre, »
LUBIN
Eh bien! voici l’instant de demander Lubin.
VERMEIL L E
Je compte aussi l’aller trouver demain.
LUBIN
Pourquoi pas aujourd’hui ? Sais-tu bien , mon amie > Que nous perdons à réfléchir Au moins les trois quarts de la vie?
On balance long-temps avant que de choisir :
Souvent on choisit mal; on se repenr, on change;
On trouve enfin ce qu’il faut à son cœur.
On perd encor du temps ; et puis , quand on s’arrange A peine reste-t-il quelques jours de bonheur.
VERMEILLE
Je pense comme toi , mais sans être si vive;
Et je veux, avant tout, en parler à ma sœur.
LUBIN
Il faut bien que Blanche noiïs suive