SCENE PREMIERE
ARLEQUIN, seul , un billet à la main.
Vo I c I la première fois que je suis bien aise de savoir lire. Quel bonheur î Elle m’aime : j’en suis sûr à présent; elle l’a dit, elle l’a écrit, et Argentine ne peut pas mentir; elle a la bouche trop iolie et la main trop blanche pour tromper. Relisons encore son billet.
(Il lit.) <c Sois tranquille , mon bon ami , « ton rival ne doit te donner aucune c< inquiétude. Jet’aime». ..Je t’aime ! .. Je n’ose pas baiser ce mot-là , de peur de l’effacer, (il continue de lire. ) a moil
fc cœur est à toi pour toujours : tu auto ras ma main quand tu voudras w.
Quand je voudrai ! Je ne fais que le vouloir depuis que je la connois. Ma chere lettre, ma bonne lettre! (Ilia baise. ) Allons , plus d’inquiétude. Ce coquin de Scapin m’offusquoit. Il fait semblant d’aimer mon Argentine; et souvent ces amoureux menteurs ont de l’avantage sur les amoureux qui parlent vrai. Heureusement Argentine n’est pas de cet avis-là ; allons la remercier et prendre jour pour notre mariage : ab ! comme il fera beau ce jour-là! (Il va enevient. ) Il y a pourtant quelque chose qui me chagrine : Argentine a du bien , je n’ai rien , moi ; je voudrois être riche, ou qu’elle fût pauvre. Quand il y a , comme cela , de l’argent d’un côté et qu’il n’y a que de l’amour de l’autre , je ne sais pas , mais cela ne va jamais si bien que lorsque